PARIS, 22 mars (XINHUA) -- La multirésistance du
bacille de la peste aux antibiotiques pourrait s'étendre et menacer
sérieusement la santé humaine, ont sonné l'alarme les chercheurs français
et américains dans une étude dont les résultats ont été annoncés
jeudi par l'Institut Pasteur de France et publiés dans PLos ONE.
Selon les chercheurs qui viennent de réaliser le
séquençage du plasmide MDR (multirésistance aux antibiotiques) de Y.
pestis et sa comparaision avec ceux d'autres bactéries, la capacité à
résister à de nombreux antibiotiques utilisés contre la peste n'a
pour l'instant été observée que chez une seule souche qui avait été
isolée d'un patient à Madagascar en 1995 et caractérisée par des
chercheurs de l'Institut Pasteur de France. On sait aujourd'hui que les
gènes conférant à la souche malgache de Y. pestis cette MDR sont portés
par ce plasmide, molécule d'ADN circulaire qui se transmet facilement
d'une bactérie à l'autre.
L'étude réalisée par l'unité des Yersinia de
l'Institut Pasteur de France dirigée par Elisabeth Carniel et de plusieurs
équipes américaines montre que le plasmide MDR de Y. pestis est très
proche d'un plasmide conférant sa multirésistance à une bactérie
alimentaire, Salmonella, dont la résistance à un nombre croissant
d'antibiotiques augmente de façon importante ces dernières années.
Ce qui est plus grave, c'est que des souches MDR de
cette bactérie ont été retrouvées dans des aliments à base de boeuf, de
porc, de poulet et de dinde destinés à la vente et provenant de
différents états américans.
"Quand nous avions identifié la première souche de
Y. pestis multi-résistante aux antibiotiques, nous avions donné l'alarte :
si ce type de souche se disséminait ou si de nouvelles souches
multirésistantes émergeaient, cela pourrait poser un grave problème
de santé publique", a noté Elisabeth Carniel. "La découverte que ce
plasmide de multirésistance acquis par le bacille de la peste est répandu
chez des bactéries environnementales vient renforcer nos craintes".
Pour Jacques Ravel de l'Institut pour la Recherche
en Génomique à Rockville (USA), "le fait que nous ayons trouvé un plasmide
habituellement hébergé par Salmonella chez Y. pestis est un problème
important. Il est clair que ce phénomène peut avoir des conséquences
graves en santé humaine".
Il a affirmé par contre que les résultats de
leur travail apportent aussi des moyens pour surveiller ce plasmide
à l'avenir, tout en insistant sur la nécessité d'un nouveau programme
de contrôle visant à traquer le plasmide MDR chez Y. pestis.