PARIS, 9 décembre (XINHUA) -- En début-décembre, une
visite au Moyen-Orient de Ségolène Royal, candidate présidentielle du
Parti socialiste, a suscité une attention particulière en France. La
presse n'a pas tardé à remarquer qu'elle a rencontré nombre de
personnalités dans la région, estimant qu'elle était reçu
" sérieusement" comme un candidat à l'Elysée.
Françoise de Panafieu, une députée de l'Union pour
un mouvement populaire (UMP, au pouvoir), qui se trouvait également dans la
région, s'est déclarée "profondément choquée par l'absence de
réaction de Mme Royal devant les propos inacceptables proférés par un
membre du Hezbollah" comparant "la politique menée par Israël au nazisme".
Mme Royal, lorsqu'elle a croisé Mme Panafieu un
matin dans leur hôtel à Jérusalem, n'a pas voulu saluer sa collègue à
l'Assemblée nationale. Peut-être à cause de "mes critiques"
envers elle, a commenté Mme Panafieu, et l'UMP crie au scandale.
Une telle anecdote n'aurait pas fait couler tant
d'encre en France si l'on n'était pas à la veille d'une campagne
électorale. A l'approche de la présidentielle, l'Hexagone commence à
vibrer sur la corde électorale.
Royal gagnante à l'issue d'une primaire réussie du Parti
socialiste
La bataille électorale a commencé d'abord chez les
socialistes. La victoire dans les élections régionales en 2004 renforce
l'espoir de la reconquête du pouvoir en 2007. Le plus grand souci du
PS serait d'éviter de revivre le cauchemar de 2002, où Lionel Jospin a été
évincé dès le premier tour. D'où l'idée d'organiser une primaire pour
désigner un candidat unique du parti, et éviter la division et la
dispersion des voix. Grâce à une primaire médiatisée, les socialistes ont
réussi par ailleurs à organiser une "pré-campagne" électorale, pour mieux
promouvoir son image.
Ségolène Royal a battu deux adversaires de taille:
l'ancien premier minsitre Laurent Fabius et l'ancien ministre de
l'Economie Dominique Strass-Kahn, pour être désignée le 16 novembre 2006
candidate du PS pour 2007, avec un score de plus de 60% dès le
premier tour de la primaire.
Son image plutôt frais, savamment soigné, avec un
discours général pour un changement fondamental de la société, pour une
politique participative, ne plait pas seulement aux militants
socialistes. Mme Royal reste depuis des mois en tête des sondages. Et
elle a choisi le Moyen-Orient, l'un des points les plus chauds et les plus
compliqués dans le monde, pour commencer sa visite à l'étranger, un effort
visant à montrer sa stature de femme d'Etat.
La
machine démarre à l'UMP
A l'UMP, les gesticulations visant la présidentielle
n'ont pas tardé, mais la machine électorale a démarré plutôt après la
primaire des socialistes.
"Une année utile", le terme a souvent été utilisé
par le Président Jacques Chirac, et son Premier ministre Dominique de
Villepin, pour lancer des projets en 2006. D'où la volonté de lancer
le CPE (Contrat de première embauche) pour favoriser la création
d'emploiss, une initiative qui s'est soldée en crise sociale, s'est avérée
coûteuse dans les sondages pour le Premier ministre, et le Président, déjà
affaibli par le "non" français au Traité de constitution européenne en mai
2005.
La conjoncture économique en 2006 a fini par
apporter quelques éclaircies au gouvernement. La croissance est à la
rencontre et le chômage baisse. La popularité de M. de Villepin reprend,
mais encore loin du pic de l'époque où il jouissait de la sympathie
des Français.
La popularité du président Chirac a également repris
à l'approche de la fin d'année. Ses réussites sur la scène
internationale et ses interventions pour le dialogue social et pour
les valeurs républicaines ont été perçues favorablement par les Français.
Se présentera-t-il pour un troisième mandat? La question a été posée à
maintes reprises par des journalistes français aussi bien qu'étrangers. La
réponse est toujours la même - - "Je m'exprimerai au premier trimestre de
2007"-- suspens.
Entre-temps, les médias sont plus nombreux à parier
sur un duel entre Mme Royal et le président de l'UMP et ministre de
l'Intérieur Nicolas Sarkozy. M.Sarkozy, l'homme fort prône la
" rupture tranquille", est en tête parmi les présidentiables de la
droite. Il cultive depuis un certain temps un image
intransigeant, notamment sur des sujets de la sécurité et de l'immigration,
sujets sensibles à nombre de Français.
Face à lui, la ministre de la Défense, Michèle
Alliot-Marie a également exprimé son intention de représenter l'UMP. Entre
femmes politiques, on peut parfois dire certaines choses plus facilement
dans les débats, a fait valoir Mme Alliot-Marie, une femme qui a su
imposer son autorité et gagner du respect dans un milieu
traditionnnellement masculin.
L'UMP doit désigner son candidat présidentiel le 14
janvier 2007.
Le
Pen et les anti-libéraux
Un "éléphant" du PS, l'ancien ministre de la Culture
Jack Lang, a comparé le président du Front national Jean-Marie Le Pen à un
" anti-dote". La peur de voir M. Le Pen de nouveau au deuxième tour a
persuadé la gauche et la droite de la nécessité de l'union, pour ne pas se
faire éliminer dès le premier tour.
"Je me situe plutôt au centre-droit", a déclaré M.
Le Pen, classé par les analystes politiques français à l'extrême-droite.
Son discours devient moins agressif aujourd'hui, et les sondages
montrent que les intentions de vote pour lui augmentent. Avec le
slogan "Economiquement de droite, socialement de gauche,
nationalement de France", le FN populiste compte attirer "les petits
peuples", face aux impacts négatifs de la mondialisation qui augment le
sentiment d'insécurité chez des Français de base.
A l'autre bout du paysage politique, le Parti
communiste français (PCF), les trotskistes et les altermondialistes,
encouragés par le non français au Traité de la Constitution
européenne, envisagent de former un front uni contre le
néolibéralisme pour s'imposer sur la scène politique française. A
l'iniative du PCF, ils comptent choisir eux aussi un candidat
unique, la question reste à savoir s'ils arriveraient à surmonter
leurs divergeances parfois importantes.
Et au centre, François Bayrou, qui critique le
monopole Royal- Sarkozy sur la couverture médiatique, défend une troisième
ligne, celle du centre-droit. M. Bayrou jouit d'une grande popularité
dans les sondages, plus importante que son parti l'Union pour la
démocratie en France (UDF). Certains journalistes attendent de
lui une "surprise" en 2007.
Les sondages...
Si on en croit aux derniers sondages, c'est Mme
Royal qui est créditée du meilleur score (31%) au premier tour, parmi les
candidats déclarés, devant M. Sarkozy (30%), Jean-Marie Le Pen (12% )
et François Bayrou (9%). Et les chiffres donnent Royal-Sarkozy à égalité au
deuxième tour.
Pourtant en 2002, les sondages simulant les
intentions de vote donnaient Chirac et Jospin en tête du premier tour, et
traumatisme politique: Le Pen au second tour face à Chirac, élimination de
Jospin...
Qui sera le nouveau patron, ou la nouvelle
patronne de l'Elysée? La vraie réponse sera en mai 2007.