DAKAR, 3 novembre (XINHUA) -- Le président du
Sénégal, Me Abdoulaye Wade, a déclaré vendredi que son pays est convenu de
concéder à la Chine un grand espace pour lui permettre de construire
un China Town, lors d'une interview qu'il a accordée à l'Agence de presse
Xinhua (Chine Nouvelle).
A bord de son avion vers la capitale chinoise où il
prendra part au Sommet Chine-Afrique du 4 au 5 novembre, le président
Wade a expliqué que des China Towns existent en Amérique et en France
et que cela n'a jamais gêné ces pays.
"Je ne vois pas pourquoi cela gênerait le Sénégal.
Celui qui veut acheter des produits chinois ou manger dans un restaurant
chinois pourra aller dans cette agglomération mais personne n'oblige
personne à le faire", a-t-il indiqué.
"Il ne faut pas que les Africains se trompent et se
laissent pousser vers la xénophobie. Nous sommes dans un monde de liberté
d'échanges, dans une société marquée par la mondialisation.
Les Sénégalais aussi sont en Chine ou ils ont la
liberté d'exercer le commerce, mais il est évident que si je voulais
envoyer 3 ou 4 millions de Sénégalais en Chine, cela poserait des
problèmes aux Chinois. Tout est donc dans le sens de la mesure et
dans la maîtrise des flux que nous déclenchons", a-t-il ajouté.
"J'arrive de France et des Etats-Unis, mais partout
on nous dit, en substance, que la Chine va envahir l'Afrique et surtout
noyauter notre commerce et nos faibles industries en déversant
sur notre continent ses milliers de produits "à bas prix". J'ai
répondu à mes interlocuteurs que nous ne sommes pas des enfants
de choeur et que nous savons que tous les pays défendent leurs
intérêts; mais nous ne pouvons pas douter un seul instant que la
Chine ignore que l'Afrique a refusé, au lendemain des indépendances,
d'être le dépotoire de l'Europe ou de l'Amérique pour devenir un souk
réduit au commerce sans aucune industrialisation", a souligné le président
Wade.
Et d'ajouter : "Ce principe est valable pour la
Chine. Nous développons notre commerce avec la Chine, mais sans pour
autant laisser écraser notre industrie pour renvoyer à l'inactivité nos
milliers de commerçants".
"Au Sénégal, il y a eu une levée de boucliers de
commerçants sénégalais contre les commerçants chinois dans les quartiers.
Nous avons fait remarquer que c'est en toute connaissance de cause que
le gouvernement a accepté ces personnes qui détenaient des titres de
séjour légaux et des autorisations d'exercer le commerce. Jusqu'à ce
niveau, il n'y a pas de problème. Mais il est évident que si le nombre de
Chinois devant augmenter sensiblement pour ce grand pays qui compte un
milliard 300 millions d'habitants, cela poserait problème. Mais les
autorités chinoises en sont tout aussi conscientes que nous", a noté le
chef de l'Etat sénégalais.
A ce sujet, le président Wade s'est dit favorable à
une zone franche où les Chinois pourraient construire des industries ou
déposer des produits pour l'exportation en dehors du Sénégal.
"On consent de telles mesures à d'autres pays; alors
je ne vois pas pourquoi les refuser aux Chinois. Au total, je ne crains pas
que certains appellent une invasion chinoise", a-t-il dit.
"Il y a plus d'un demi-siècle, on parlait
déjà du 'péril jaune'. On ne l'a jamais vu. On ne le verra pas en
Afrique. Une certaine propagande veut simplement créer chez nous des
réflexes négatifs de peur, mais les Africains sont majeurs et savent ce qui
est bon pour eux et ce qui ne l'est pas. La coopération chinoise
est la bienvenue. Elle est rapide et efficace", a souligné
le président Abdoulaye Wade en conclusion.