HAIKOU, 5 septembre (XINHUA) -- Fu Yandi, une femme
de 57 ans, habite dans un village montagneux du canton de Jiangbian de la
ville de Dongfang située dans la province de Hainan, en Chine
méridionale.
Si l'on rencontre cette femme de l'ethnie Li, on
sera étonné de voir des traits, des grenouilles et des serpents peints en
noir sur son visage, ses bras et ses jambes. Selon les coutumes
traditionnelles des Li, toutes les jeunes filles doivent pratiquer un
rite initiatique de tatouages avant de devenir femmes. Le tatouage des
femmes li a une histoire de plus de 3 000 ans.
Avec l'influence de la vie moderne et du jugement
esthétique, d'anciennes coutumes de tatouage des femmes li ont disparu dès
les années 60. Aujourd'hui, cette culture du tatouage attire une
attention particulière des gouvernements à divers échelons, selon un
responsable du Département des Affaires nationales et religieuses de
Hainan.
A la fin de l'année dernière, le tatouage des Li a
été inscrit sur la première liste de protection du patrimoine culturel non
matériel du gouvernement provincial de Hainan.
A l'heure actuelle, les femmes Li tatouées sont des
personnes âgées. Après elles, l'histoire du tatouage des femmes Li prendra
fin. Pour protéger la culture du tatouage des Li, le gouvernement
projette d'enregistrer des données avec des écritures, des photos et
des vidéos, a indiqué ce responsable.
La province de Hainan a déjà publié des albums de
peintures et des livres spécialisés sur la culture du tatouage des Li,
a-t-il ajouté.
Avec la proposition et le soutien du gouvernement,
des savants chinois étudient attentivement la culture du tatouage des Li.
Zhou Weimin et Tang Lingling, professeurs à l'Université de Hainan ont
pris plus de 2 000 photos et ont collecté des dessins de tatouages. A
présent, il y a encore 2 000 femmes li tatouées, a souligné
Zhou Weimin.
Depuis plus de 3 000 ans, les méthodes et les
dessins de tatouage des Li n'ont pas changé, a estimé le professeur Zhou.
Bien qu'il n'y ait pas d'écriture chez les Li, les signes du
tatouage ont enregistré l'histoire et les informations
culturelles des Li de l'antiquité, a précisé Zhou. Ils constituent un
phénomène rare de l'hérédité dans les histoires de l'humanité et des
civilisations.
L'ethnie Li est l'une des 19 minorités nationales
dont la population dépasse un million de personnes en Chine. A l'heure
actuelle, elle compte 1,24 million de personnes dont la majorité se
trouvent dans l'île de Hainan à l'extrême sud du pays. Au cours du dernier
siècle, les Li vivaient dans les zones montagneuses du centre de Hainan
sous une forme sociale de communauté patriarcale.
Les symboles tatoués reflètent les caractéristiques
de l'ethnie Li qui a cinq branches. Le tatouage des femmes de chacune
branche a été fait selon les dessins laissés par les ancêtres. Chaque
branche est représentée différemment et marque les clans et les
tribus des Li. Auparavant, un jeune homme pouvait deviner de quelle
branche était une femme en regardant ses tatouages.
A l'âge de 11 ou 12 ans, les jeunes filles Li
devaient accepter d'être tatouées et suivre la cérémonie d'initiation au
passage à l'âge adulte. La grenouille est l'animal adoré des Li. Elle
figure donc principalement dans les tatouages des femmes.
Le tatouage qui présente les concepts de beauté, la
croyance religieuse et la forme d'organisation sociale des Li, a une
importante valeur pour les recherches sur l'humanité et constitue un
patrimoine précieux et particulier du patrimoine culturel de l'humanité, a
fait remarquer Wu Zelin, professeur de l'Institut des Nationalités de la
Chine du Sud-Ouest. Fin