Voici le texte intégral de l'allocution prononcé
par le Premier ministre chinois Wen Jiabao, sous le titre « Façonnons ensemble
l'avenir à partir des acquis pour une coopération amicale renforcée », à la
cérémonie d'ouverture de la 2e Conférence ministérielle, tenue le 15 décembre
2003:
Excellence, Monsieur le Premier Ministre
Meles Zenawi,
Excellences, Messieurs les Chefs d'état et
de Gouvernement,
Excellence, Monsieur le Président de la
Commission de l'Union Africaine
Alpha Oumar Konaré,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs
de Délégation,
Excellences, Mesdames et Messieurs les
Ministres,
Excellences, Mesdames et Messieurs les
Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
Je suis très heureux d'être à Addis-Abeba pour
débattre avec les amis ici présents des grandes orientations de la coopération
sino-africaine dans le cadre de la deuxième Conférence ministérielle du Forum.
En ma qualité de Premier Ministre du pays qui copréside la Conférence, je tiens
à exprimer, au nom du gouvernement chinois, une chaleureuse bienvenue à toutes
les délégations et à remercier sincèrement le gouvernement éthiopien pour
l'énorme travail préparatoire accompli et les parfaites dispositions prises pour
notre Conférence.
Il y a trois ans, les ministres chinois et
africains se sont réunis à Beijing pour créer ensemble le Forum sur la
Coopération sino-africaine et inaugurer ainsi une ère nouvelle dans les annales
de la coopération bilatérale. Depuis lors, la coopération sino-africaine dans
les différents domaines va en se renforçant avec des résultats notables ;
l'amitié et la confiance entre la Chine et l'Afrique s'approfondissent sans
cesse ; leur coopération dans les affaires internationales s'avère fructueuse,
tandis que celle sur les plans économique et commercial s'inscrit dans une
dynamique d'amélioration continue. La partie chinoise a pris des mesures
effectives pour accroître ses importations en provenance de l'Afrique. Le volume
des échanges commerciaux s'est accru de plus de 20 %. 117 entreprises chinoises
de plus se sont implantées en Afrique. La coopération dans les domaines de
l'exploitation des ressources énergétiques et des hautes et nouvelles
technologies a pris un bon départ, alors que celle concernant le développement
des ressources humaines s'est avérée très efficace. La Chine a ainsi formé, par
divers moyens, près de 7 000 personnes pour l'Afrique. Elle a annulé en totalité
ou en partie les dettes en faveur de 31 pays africains pour un montant total de
10,5 milliards de yuans RMB, honorant ainsi son engagement avant la date prévue.
Pendant les trois ans écoulés, les actions de suivi du Forum ont constitué non
seulement des soutiens énergiques aux efforts des pays et peuples africains
frères pour surmonter les difficultés et réaliser le redressement et le
développement, mais encore donné la preuve que dans le nouveau contexte, la
coopération amicale sino-africaine était douée d'une grande vitalité et a devant
elle de vastes perspectives.
Le monde actuel connaît une mutation aussi
complexe que profonde. La paix et le développement restent les deux grands
thèmes de notre époque. La recherche de la paix, de la stabilité et du
développement représente l'aspiration commune de tous les peuples du monde.
Cependant, l'hégémonisme poursuit son chemin, les conflits locaux sont loin de
s'apaiser et les problèmes de sécurité non classiques, tels que le terrorisme,
la propagation des maladies, la dégradation de l'environnement et l'aggravation
de la pauvreté, se posent avec chaque jour plus d'acuité. Tout en étant des
chances de développement pour les différents pays, la mondialisation économique
a placé les pays en développement devant des défis sans précédent. L'écart
Nord-Sud continue à s'élargir, tandis que le fossé entre les riches et les
pauvres se creuse davantage. Les pays en développement, notamment les pays
africains, doivent faire face à une tâche encore plus ardue, celle de préserver
leur sécurité économique et de réaliser un développement durable.
Le progrès prodigieux des sciences et
technologies et le développement en profondeur de la mondialisation économique
ont accru l'interdépendance des différents pays. Une des tâches les plus
urgentes auxquelles nous faisons face aujourd'hui, c'est d'amener, à travers le
dialogue et la coopération, un monde de tous et pour tous. La paix et le
développement durables seront chose impossible dans un contexte où l'écart
Nord-Sud s'élargit et de nombreux pays en développement s'enfoncent dans la
pauvreté. La communauté internationale doit donc faire preuve d'une plus grande
compréhension et attention aux nombreux pays africains, confrontés à des défis
spécifiques dans le processus de la mondialisation. Les gouvernements et peuples
africains doivent pouvoir compter sur une assistance effective et accrue dans
leurs efforts pour réaliser le développement de leurs pays.
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,
La Chine est le plus grand pays en développement
dans le monde, tandis que l'Afrique est le continent qui compte le plus grand
nombre de pays en développement. La coopération sino-africaine constitue une
composante importante de la coopération Sud-Sud. Le renforcement de la
solidarité et de la coopération avec les pays africains et les autres pays en
développement est une politique inébranlable du nouveau gouvernement chinois. La
Chine entend travailler de concert avec les pays africains pour renforcer leur
partenariat d'un type nouveau, caractérisé par la durabilité, l'égalité, les
avantages réciproques et la coopération globale, et en faire un exemple de la
coopération Sud-Sud. Nous estimons que la coopération sino-africaine doit
privilégier les actions concrètes, le point de départ et l'objectif final étant
le développement économique et social des pays africains, de même que
l'amélioration des conditions de vie de leurs peuples. Dans cet esprit, je vous
soumets les propositions suivantes sur le développement ultérieur des relations
sino-africaines :
1. Faire avancer les relations d'amitié
traditionnelles en se prêtant mutuellement soutien. Le gouvernement chinois
entend élargir les échanges de haut niveau entre la Chine et l'Afrique de
manière que les rencontres et les dialogues réguliers de leurs dirigeants
puissent insuffler une nouvelle vitalité à l'amitié sino-africaine et au
mécanisme du Forum. Il apporte son appui à la création par les pays africains de
l'Union africaine, à la mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le
développement de l'Afrique (NEPAD) et aux efforts pour faire progresser
l'intégration régionale et sous-régionale. Il continuera à appeler la communauté
internationale, notamment les Nations Unies, à prendre toutes les mesures
nécessaires pour appuyer les pays africains et leurs organisations régionales
dans leurs efforts tendant au règlement des conflits. La Chine continuera à
participer aux opérations de maintien de la paix de l'ONU en Afrique, tout en
accordant son appui à celles menées par les organisations régionales
africaines.
2. Contribuer à la démocratisation des relations
internationales en renforçant les consultations bilatérales. La Chine et
l'Afrique poursuivent les mêmes objectifs et partagent des intérêts communs à ce
sujet. Les pays africains peuvent compter sur le soutien de la Chine quand ils
se prononcent pour le multilatéralisme. La communauté internationale se doit de
renforcer les consultations pour préserver la diversité de notre monde et
promouvoir les échanges et l'inspiration mutuelle des différentes civilisations
et des divers modes de développement. À notre avis, les buts et principes de la
Charte des Nations Unies doivent être maintenus, de même que l'autorité de l'ONU
et son rôle prédominant dans le règlement des grands problèmes internationaux.
En tant que membre permanent du Conseil de Sécurité, la Chine se tiendra
toujours du côté des pays africains et des autres pays en développement pour
appuyer leurs revendications légitimes et propositions raisonnables.
3. Se concerter afin de relever ensemble les
défis de la mondialisation. Nous estimons qu'on doit faire tous les efforts pour
que les pays en développement soient les bénéficiaires de la mondialisation, au
lieu d'assister en spectateur à leur isolement et à leur marginalisation. La
communauté internationale doit passer à l'action pour les aider à résoudre leurs
difficultés et à renforcer leurs capacités de se développer par eux-mêmes, de
protéger l'environnement et de réaliser un développement durable. Les pays
développés ont l'obligation et la responsabilité d'ouvrir davantage leur marché,
de supprimer les barrières commerciales et les subventions agricoles et de
remplir réellement leurs engagements envers les pays en développement concernant
l'augmentation d'aides et l'annulation totale ou partielle des dettes. La Chine
est pour le dialogue Nord-Sud et y prendra une part active. Elle souhaite se
concerter avec les pays africains au sujet de la participation à l'élaboration
des règles économiques internationales et aux négociations commerciales
multilatérales pour défendre les droits et intérêts des pays en
développement.
4. Ouvrir de nouveaux horizons aux relations
d'amitié sino-africaines par l'approfondissement de leur coopération. En vue
d'une coopération sino-africaine qui répond réellement aux besoins, le
gouvernement chinois entend : accroître progressivement son assistance aux pays
africains dans le cadre du Forum ; ouvrir davantage son marché et pratiquer un
tarif douanier zéro pour une partie des marchandises provenant des PMA africains
; augmenter de 33 % le fonds de mise en valeur des ressources humaines
africaines en vue de former pour l'Afrique 10 000 personnes dans les trois
années à venir ; encourager et promouvoir une coopération mutuellement bénéfique
entre les entreprises chinoises et africaines, en incitant les hommes d'affaires
chinois à investir en Afrique ; renforcer la coopération touristique en
accordant à 8 nouveaux pays africains le statut de destination approuvée ;
organiser l'année prochaine en Chine le Festival des jeunesses chinoise et
africaine ainsi que des échanges culturels de grande envergure ayant pour thème
l'Afrique ; développer activement une coopération avec les pays africains dans
la lutte contre des maladies transmissibles, comme le VIH/SIDA, le paludisme et
la tuberculose, la prévention des calamités naturelles et la protection de
l'environnement.
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,
La politique de réforme et d'ouverture sur
l'extérieur appliquée depuis plus de deux décennies a permis à la Chine
d'atteindre un nouveau palier historique quant à son développement économique et
à sa puissance globale, et d'assurer dans l'ensemble une vie de moyenne aisance
à sa population. Cependant, avec ses 1,3 milliards d'habitants et un vaste
territoire marqué par une inégalité de développement entre les régions, la
Chine, bien que classée aux premiers rangs du monde pour les grands agrégats,
reste un pays en retard pour le PIB par tête d'habitant et la productivité en
général. Elle a encore un long chemin à parcourir pour réaliser sa
modernisation. Dans ces conditions, l'aide que la Chine est en mesure d'apporter
aux pays africains est bien limitée. Mais elle est sincère et non assortie
d'aucune condition politique. Convaincus que le soutien et l'aide entre les
états sont mutuels, nous ne saurions jamais oublier le soutien précieux que les
pays africains ont accordé à notre lutte pour sauvegarder la souveraineté
nationale et l'intégrité territoriale. Nous réaffirmons encore une fois notre
disponibilité à poursuivre cette coopération sincère.
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,
La Chine et l'Afrique représentent ensemble plus
d'un tiers de la population mondiale. La réalisation de leur développement et de
leur redressement à travers une coopération amicale constitue en elle-même une
grande contribution à la cause mondiale de la paix et du développement.
Aujourd'hui, dans la nouvelle situation et à partir de nos acquis, que nous
avancions la main dans la main vers l'avenir afin de porter sans cesse les
relations d'amitié et de coopération sino-africaines à de nouveaux paliers.
Tous mes vœux de succès pour notre
Conférence.
Je vous
remercie.