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Le caractère “bonheur” évoque en général chance et fortune pour les Chinois.
Il n'est donc pas étonnant qu'au Nouvel An traditionnel, ils ont l'habitude,
aussi bien dans le passé qu'à présent, d'apposer à leur porte ce caractère pour
exprimer leur aspiration à une vie heureuse et à un avenir meilleur.

Parmi le peuple, où cette tradition semble être plus vivace que chez les
autres couches sociales, on a souvent tendance à coller ce mot à l'envers pour
signifier, en jouant sur son homonymie, l'arrivée du “bonheur” ou de la
“chance”.

En ce qui concerne l'origine du caractère “bonheur” renversé, la légende
suivante circule parmi le peuple : à l'époque du premier empereur des Ming Zhu
Yuanzhang, ayant appris un jour que celui-ci voulait tuer des gens avec pour
signe secret le mot “bonheur”, la bienveillante impératrice Ma ordonna, afin
d'éviter le désastre imminent, à tous les foyers de la capitale de coller ce
caractère sur leur porte avant le lever du jour. N'osant désobéir à cet ordre de
l'impératrice, tous les foyers de la capitale couvrirent le soir même leur porte
avec le mot “bonheur”. Cependant, comme il y avait des illettrés parmi les
habitants, chez certains d'entre eux, le caractère “bonheur” se trouvait
malencontreusement collé à l'envers. Le lendemain, après avoir envoyé des
inspecteurs dans les rues, l'empereur fut mis au courant que toutes les portes
portaient le mot “bonheur”, et que l'un des foyers était allé jusqu'à coller ce
mot à l'envers. Fâché par ce rapport, l'empereur ordonna qu'on aille
immédiatement saisir tous les membres de la famille intéressée pour les
décapiter. Face à cette situation critique, l'impératrice Ma eut soudain une
idée et déclara ainsi à son impérial époux : “C'est peut-être parce qu'elle
était informée de votre prochaine visite que cette famille a mis exprès le mot à
l'envers, et ce pour sous-entendre que le “bonheur” ne tarderait pas à l'honorer
de sa visite.” Pensant que son épouse avait raison, l'empereur finit par décider
de remettre la famille en liberté. Depuis lors, on met ce mot à l'envers, ce qui
rappelle, en dehors de son sens initial de bon augure, le souvenir de la
bienveillante impératrice Ma.
A l'heure actuelle, le caractère “bonheur” n'est plus exclusivement consacré
à la célébration du Nouvel An, mais également utilisé comme motif dans la
manufacture de nombreux articles artisanaux servant de porte-bonheur. Parmi
ceux-ci, on note par exemple le vase à fleurs à motifs de cinq chauves-souris
(ces animaux évoquent aussi le bonheur par homonymie) et les articles de
vannerie portant le mot “bonheur”. En outre, les artisans populaires chinois ont
la tradition de transformer le caractère “bonheur” en motifs variés évoquant
entre autres soit un vieillard de la longévité, soit une pêche de l'immortalité,
soit une carpe sautant par-dessus la porte du dragon, soit une moisson
abondante, soit encore une union nuptiale parfaite.
(Quotidien du Peuple)
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