L'héritage tibétain dans l'expectative d'une reconnaissance  mondiale
  2004-07-20 13:28:04
 

     LHASA, 19 juillet (XINHUANET) -- Il fut un temps où l'opéra  tibétain était la fierté de M. Toinzhub, aujourd'hui âgé de 77 ans.  

     Quand il était jeune, M. Toinzhub était l'acteur étoile  de l'opéra tibétain du village de Bindun dans le comté de Qiongjie de la Région autonome du Tibet (RAT), en Chine du Sud-Ouest. Sa  célébrité allait audelà des portes de son village, jusque sur les  scènes de théâtre de Lhasa à 300 km plus loin. Mais depuis que la  troupe d'opéra de son village a été dissoute il y a 3 ans,  Toinzhub n'a plus que les souvenirs de sa mémoire pour se rappeler de sa gloire passée.  

     Ces trois dernières années, M.Toinzhub n'a pas eu  l'occasion d'intérprèter un opéra tibétain, et l'école d'opéra  tibétain du village de Bindun, l'une des plus anciennes du genre,  n'a pu trouver de nouveaux disciples au vieux maître.  

     Le gouvernement du comté de Qiongjie a séléctionné 15  jeunes gens pour suivre un apprentissage auprès de M.Toinzhub,  mais le vieil homme a déclaré qu'ils n'avaient pas assez d'interêt et de zèle pour cette discipline, et que les jeunes d'aujourd'hui  avaient des ambitions différentes. 

     L'histoire de M.Toinzhub est une bonne illustration de  l'inquiétude qu'ont les chercheurs quant à l'avenir de l'opéra  tibétain dans une société moderne en mouvement.  

     L'opéra tibétain peut se vanter d'une histoire vieille de 600 ans. Il est caractérisé par des masques expressifs et des  costumes colorés, des dances éthniques et des chants simples,  cependant la survie de cet art dans la société moderne reste un  défi. 

 

    L'opéra tibétain possède de nombreuses écoles  d'interprétation, dont chacune a des techniques de chant  particulières. C'est pourquoi le décès d'un vieil artiste peut  entraîner la fin d'une des école d'interprétation.  

     M. Gachung, expert à l'Institut des Arts Ethniques du  Tibet (IAET), considère qu'il est impératif pour les jeunes  acteurs d'apprendre de ces vieux artistes. Mais le problème est de savoir qui a réellement envie d'apprendre?  

     Selon M. Gachung, la clé du problème réside dans l'aspect pécuniaire. En effet les troupes d'opéra des villages qui donnent  des performances seulement lors des saisons hautes ne bénéficient  d'aucune source financière régulière, ce qui signifie que ce que  gagne les acteurs durant les spectacles leur permet à peine de se  nourrir et de payer leurs déplacements saisonniers. 

     Il semble donc naturel que les jeunes, aussi talentieux  soient-ils pour cet art traditionnel, se désintéressent d'une  profession si peu rentable. Bien que les experts considèrent que  le gouvernement devrait investir pour relancer l'opéra tibétain,  ils ont aussi appelé à d'autres sources pour sauver l'héritage  culturel du Tibet, sachant que le gouvernement ne pourrait prendre en charge un grand nombre de troupes d'opéra. 

     M. Liu Zhiqun, ancien directeur du IAET, a souligné  qu'une opération orientée vers le marché et l'industrie pourrait  être une solution. Il a proposé que l'opéra tibétain soit traité  comme une ressource culturelle et qu'une industrie de culture  folklore soit instaurée.

    Selon M. Gelong, gérant de la troupe d'opéra  tibétain du bourg de Niangre à Lhasa, cet art traditionnel ne peut continuer à être considéré comme purement culturel, il faut y  ajouter une approche commerciale, sa survie en dépend et cela  permettrait de faire de l'argent. 

     M. Gelong, dont la famille est à la tête d'une entreprise de transports, a repris la direction de la troupe du bourg il y a  20 ans, car cette dernière allait fermer ses portes pour cause de  problèmes financiers. 

     "Les premières années furent difficiles, comme toutes les troupes d'art folklorique, nous n'avons donné que peu de  performances, souvent dans des villages voisins pour des occasions spéciales, puis petit à petit la troupe s'est faite connaître hors de Lhasa, à Xigaze, Shannan et Nyingchi", a expliqué M. Gelong. 

     M. Gelong a commencé à contacter les hôtels et les  restaurants à Lhasa pour faire de la publicité et promouvoir sa  troupe en 1991. Aujourd'hui, les spectacles qui s'adressent aux  touristes sont devenus une grande source de revenus, et la troupe  donne en moyenne trois performances par jour. 

     Les acteurs de Gelong peuvent gagner jusqu'à 520 yuan (65 dollars américains) par mois. Par ailleurs, la troupe a encore  recruté 12 adolescents cette année, ce qui représente une  véritbale équipe avec au total 69 personnes, contre les 18  initiales lorsque Gelong a repris la troupe en 1985. 

     Cepandant, M. Gachug, expert à l'IAET, considère que ses  opérations marketing ne fonctionnent que dans les grandes villes,  et que la plupart des petites troupes tibétaines n'ont pas le  succès de Gelong, et font face à un marché réduit et à des  problèmes financiers.  

     De plus, les experts s'inquiètent de l'industrialisation  des opéras traditionnels tibétains, car cela pourrait leur enlever leur authenticité en s'adaptant au goût des consommateurs. 

     M. Gachug et M. Liu Zhiqun sont tous les deux conscients  que l'opéra tibétain est en train de perdre son audience, alors  que les personnes âgées et les habitants des campagnes y restent  fidèles, les jeunes gens habitant la ville ont des nouvelles  formes de distraction. 

     M. Liu Zhiqun prédit même que les paysans risquent de  perdre leur interêt pour cette forme d'art dans le futur lorsque  les campagnes au Tibet se seront développées donnant plus  d'options et de choix à ses habitants.  

     La question qui se pose donc est de savoir comment  développer une forme d'art traditionnelle dans un monde moderne,  tout en préservant leur authenticité?

    M. Gachug, expert à l'IAET, considère que  l'opéra tibétain doit être ouvert à la réforme pour survivre, mais garder son authenticité doit aussi être une obligation.  

     M. Gachug s'oppose aux changements aveugles de la forme  traditionnelle dans le seul but d'attirer un public jeune, car  cela mènerait l'opéra à sa perte. Il considère qu'il serait plus  intéressant d'initier les jeunes générations à l'opéra tibétain en ouvrant des programmes éducatifs de culture traditionnelle dans  les écoles, plutôt que d'essayer d'acheter le jeune public en  apportant des changements insensibles à cet art traditionnel.  

     C'est ce que l'école primaire de Snow à Lhasa a essayé de faire, en formant une équipe d'opéra tibétain en 1993. Le  professeur Benba Puncog en charge de ce programme.  

     M. Benba Puncog a souligné que l'équipe attirait beaucoup d'élèves, et nombre d'entre eux souhaitaient s'y joindre. Mais  seulement 200 ont été acceptés sur 1 000 élèves."Cette équipe n'a  pas été uniquement formée pour fournir aux élèves une activité  extra-scolaire, ou une simple distraction, nous espérions que non  seulement les membres de l'équipe, mais aussi les auditeurs aient  une chance de se familiariser avec cet art, et d'y prendre goût",  a expliqué le professeur. 

     Selon M. Benba Puncog, quatre élèves de l'école sont  maintenant dans la Troupe des Arts éthniques de Lhasa, et sept  autres sont en train d'apprendre l'opéra tibétain, la musique et  la danse folkloriques dans des écoles d'art ou à l'université avec comme objectif de joinde une troupe ou une organisation d'art  folklorique.  

     Le gouvernement de la Région autonome du Tibet a soumis  aux autorités culturelles une demande d'inscription pour la  nomination de l'opéra tibétain, comme héritage culturel de la  Chine à la liste de l'UNESCO.  

     "Nous espérons que l'opéra tibétain puisse être reconnu  comme un héritage mondial, ce qui permettrait de pouvoir le  protéger, et amener des fonds pour sa préservation. Cela serait  dommage que dans une centaine d'années la seule manière de voir un opéra soit dans un documentaire, nous souhaitons que plus de  personnes puissent apprécier et connaître le véritable fossile  vivant de la culture du Tibet", a conclu M. Gachug. Fin 

Copyright 2004: pour l'Agence de Presse Xinhua