Vêtements et parures de l'ethnie tibétaine
  2004-05-31 10:38:34
 

Il y a quelques années, un de mes amis s'est rendu au Tibet, surnommé le Toit du monde. Il a souffert du mal de l'altitude. En voyant les Tibétains, hommes et femmes, vêtus de costumes multicolores et qui travaillaient en chantant et en dansant sur le haut plateau bien calme, en dépit de l'air qui est raréfié, il fut passablement étonné de constater la joie et la confiance en soi des gens de cette ethnie. Leurs vêtements multicolores manifestent à souhait la beauté et la dignité de la vie dans cet endroit retiré du monde extérieur.

Sur ce plateau enneigé, les vêtements tibétains ont une signification tout à fait différente. Ils sont le symbole de l'histoire, de la culture, de la croyance, du caracètre et de la richesse de cette ethnie.

Les vêtements et les parures des Tibétains qui impressionnent davantage sont la simarre (robe ample) aux longues manches que l'on porte parfois en biais en laissant une épaule à découvert, le tablier à rayures colorées, attaché aux reins des femmes, et les parures d'argent pour les nattes. A cause du long isolement sur le haut plateau, des grandes différences de localisation géographique, de l'environnement naturel et de l'influence réligieuse, les vêtements et les parures de cette ethnie sont fort diversifiés.

Le vêtement tibétain se caractérise surtout par la simarre, le costume tibétain et la chemise. Le pan antérieur gauche de la simarre est plus long que celui à droite, et il est fermé sous le bras droit par un bouton ou attaché avec deux bandelettes de tissu rouge, bleu, vert ou turquoise.

Diversité régionale

Le nord du Tibet est une zone froide de haute altitude où l'on trouve des prairies naturelles. Les Tibétains y vivent en nomades. La température, dont l'écart est très marqué entre le jour et la nuit, force les pasteurs à porter toujours la robe en peau d'animal. La nuit, elle sert de couverture contre le froid et le jour, au moment du travail, les Tibétains tirent la manche droite vers l'arrière, découvrant le bras, et ils attachent la manche sur l'épaule droite ; par fois, ils découvrent les deux bras et attachent les manches autour des reins, ce qui permet de régler facilement la chaleur du corps et de travailler en tout confort. Les conditions géographiques particulières trempent les pasteurs tibétains, dotés d'un esprit ouvert et vaillant. Le bras droit découvert est la coutume tibétaine de porter la robe, ce qui devient une marque distinctive des Tibétains par rapport aux gens de l'intérieur du pays.

La simarre tibétaine de peau d'animal est tellement large qu'on peut cacher un enfant contre la poitrine en hiver. Elle n'a pas de poche, mais le pan relevé et serré aux reins peut servir de grande poche pour y mettre divers objets.

Dans la zone pastorale, le vêtement est décoré de velours ordinaire, de velours côtelé ou de laine noire au pan antérieur, aux manchettes et au pan inférieur pour l'homme, de bandelettes rouges, bleues et vertes à la bordure pour la femme. Le ciel d'azur où flottent des nuages blancs, la vaste étendue verte des prairies, les monts enneigés, les troupeaux d'animaux et les pasteurs qui chantent à haute voix composent une belle image de l'harmonie de l'homme avec la nature.

Au sud du Tibet et dans les zones relativement tempérées et humides, les paysans tibétains travaillent aux champs. Leur vêtement est différent de celui du nord. La simarre est faite de Pulu, une sorte de tissu de laine tissé à la main. Hommes et femmes portent tous des costumes boutonnés à droite. L'habit de l'homme est décoré au col, aux manchettes et aux pans, les bandelettes de tissu sont en coton ou en soie colorés, ce qui est léger et convient au climat local. Les vêtements féminins, portés durant l'été et l'automne, n'ont pas de manches, mais ils en ont de longues en hiver, ce qui convient particulièrement et donnent de la grâce aux Tibétaines qui excellent en chant et en danse. La robe est plus longue que la personne elle-même. Pour la porter, il faut se lever, la plier et la ceinturer aux reins pour ajuster la longueur convenablement.

A Lhasa et au sud du mont, le climat est tempéré et humide, les hommes portent surtout la robe doublée et les femmes, une robe étroite et une chemise ceinturées, ce qui leur donne simplicité et élégance.

Au Tibet, la ceinture s'appelle Bangdian, et elle est l'un des accessoires vestimentaires préférés des Tibétaines. La fabrique de Bangdian de Jiendexiu dans le district de Konggar, au sud du mont, est la plus célèbre pour son histoire de plus de 500 ans, et cette zone est appellée le pays de la Bangdian. D'après les us et la coutume des Tibétains, la Bangdian est la marque de la femme mariée, puisque la jeune fille ne la porte pas.

Fêter et se parer de beaux atours

Les fêtes sont considérées par les Tibétains comme une bonne occasion de se présenter vêtus des vêtements traditionnels ethniques. Au concours hippique annuel tenu au bourg de Nagqu, dans la steppe du nord du Tibet, les tentes installées spécialement pour cette occasion sont comme des nénuphars blancs épanouis. Les cavaliers, vêtus de simarres bleues et vertes et de pantalons rouges, bleus et noirs, ou les sportifs, chaussés de bottes, attirent les regards.

Quant aux spectateurs, les hommes portent en général la robe en peau d'animal, de couleur noire, bleue ou jaune, et un poignard bien décoré de motifs différents et de pierres précieuses est accroché à la taille, ce qui manifeste à souhait leur majestuosité et leur robustesse; par ailleurs, ils accrochent encore une pierre à briquet, une tabatière et une pièce d'argent et autres objets décoratifs. Les femmes portent divers chapeaux et sont vêtues de vêtements décorés de bandelettes colorées. Leurs nattes sont épinglées de parures d'or, d'argent et de cuivre, leurs oreilles sont décorées d'une paire de grosses boucles, au cou, elles portent un collier et, aux reins, des parures de pièces métalliques, ce qui émet un son agréable à l'oreille sous la brise légère. C'est vraiment une exposition de mode vestimentaire qui colore d'un style traditionnel ethnique le plateau du Qinghai-Tibet.

Comme d'autres ethnies, les Tibétains aiment beaucoup les décorations de perles et de pierres précieuses. La décoration vestimentaire est considérée comme un symbole de la richesse et de la beauté. Certains, plus pauvres, qui habitent à Qamdo, dans l'est du Tibet, veulent acheter quelques parures de perles ou de pierres précieuses, sinon ils perdraient la face. Aujourd'hui, un Tibétain riche porte une parure décorative qui coûte quelques centaines de milliers de yuans, voire un million de yuans. C'est une manifestation d'un trait de caractère et de l'amour-propre de cette ethnie.

L'influence de la religion

Le Tibet est une région où toute la population est profondément croyante. Au VIIe siècle, Songtsen Gambo, héros tibétain, a épousé la princesse Wengcheng de la dynastie des Tang (618-907) et une princesse du Népal, ce qui lui a permis de recevoir, respectivement du nord et du sud, une statue de Sakyamuni, fondateur du bouddhisme. Dès lors, le bouddhisme s'est répandu sur ce haut plateau et a formé le bouddhisme tibétain aux caractéristiques du haut plateau.

Le bouddhisme tibétain a influencé non seulement la pensée, les arts, mais a aussi coloré les ornements vestimentaires et les vêtements d'une touche religieuse. Selon la culture bouddhique, le blanc symbolise la pureté. Dans la vie quoditienne, les Tibétains préfèrent le blanc et le considèrent comme un symbole de la pureté et du bonheur. Par conséquent, ils portent surtout une chemise blanche, et une bandelette blanche décore les pans des vêtements. Pour les parures vestimentaires et de tête, on peut sentir l'esthétique religieuse dans le vaste recours aux couleurs rouge, jaune, orange, bleu et vert. Sakyamuni prend la longue robe jaune, Padmasambhava, le bonnet rouge et Tsong Khapa, le bonnet jaune. Les jeunes Tibétains portent le collier bouddhiste et le Kau, écrin d'argent fin porté suspendu et qui sert à conserver l'amulette et l'image du bouddha.

La situation vestimentaire actuelle

Suite à l'amélioration des communications du Tibet avec l'intérieur du pays, les articles courants circulent facilement. Dans les rues et les ruelles de nombreuses villes du Tibet, on trouve peu de Tibétains en costume traditionnel, ils préférent le costume occidental qui correspond à la mode de l'époque. Les vêtements à la mode à l'intérieur du pays le sont aussi au Tibet. Les gens âgés, les femmes d'âge mûr par exemple, ne suivent pas la mode dernier cri comme les jeunes, mais ils portent souvent un costume occidental par-dessus la robe tibétaine, ils se coiffent d'un chapeau orné de soie à la tibétaine. Ce mode d'habillement mixte est en vogue partout au Tibet, ce qui montre que la simarre tibétaine n'est pas pratique pour la vie urbaine, que le Tibet, qui n'est plus fermé, se développe vers le pluralisme,et le plus important, assimile la culture de l'extérieur.

En outre, dans l'intérieur du pays, en regardant l'habillement des jeunes filles, on peut sentir l'influence de la décoration vestimentaire tibétaine. Elles portent le bracelet d'argent incrusté de turquoise, et sur la poitrine, le collier d'argent, de perles et de pierres précieuses fabriqué au Tibet. Elles gardent précieusement ces bijoux et apprécient la culture du haut plateau.

Beaucoup de stylistes puisent leur inspiration des vêtements traditionnels de l'ethnie tibétaine, une ethnie particulière et ancienne, et cette inspiration se reflète dans leur création artistique. Ils comprennent que la particularité d'une ethnie appartient aussi à l'humanité.

En juillet 2000, la Commission des nationalités de Chine a organisé une foire de vêtements et de parures vestimentaires traditionnels de la nation chinoise à l'exposition mondiale à Kunming du Yunnan. A cette foire, les vêtements et les parures vestimentaires du Tibet, région dont la localisation est relativement fermée sur le haut plateau, ont été appréciés par tous. La styliste Wu Haiyan, qui préfère les vêtements tibétains, a eu recours entièrement à des modèles tibétains pour présenter le charme des vêtements et des parures vestimentaires de cette ancienne ethnie. La quintessence de la modernisation et de la beauté de la culture vestimentaire tibétaine y était concentrée, et l'on a pu discerner l'empreinte d'une évolution au fil du développement historique.

Par ailleurs, lors de l'exposition des vêtements des ethnies minoritaires nationales, quatre costumes choisis dans le département autonome tibétain Diqing du Yunnan étaient les plus coûteux parmi les vêtements montrés, en raison de leur ancienneté - 300 ans- et de la décoration faite d'or, d'argent, de perles et d'agates. La visite de cette exposition a permis d'admirer de beaux vêtements et de belles parures vestimentaires, mais aussi de connaître l'histoire du développement des parures vestimentaires de l'ethnie tibétaine.

Aujourd'hui, un Tibétain vêtu à la tibétaine attire toujours les regards, quel que soit l'endroit où il se trouve. Les gens apprécient non seulement l'aspect simple et primitif des vêtements du haut plateau, mais aussi le port distingué. En tant que véhicules de la culture, les vêtements permettent aux gens d'entrer en contact avec l'histoire et l'exotisme, c'est ainsi qu'ils méritent un profond respect.

Zhang Hua

La Chine au présent

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