Penché à ma fenêtre du côté méridional, je laisse déborder ma
fierté
Comme il est facile de se contenter d’un petit espace
Chaque jour, je
parcours mon jardin, juste pour le plaisir….
Et je fais le tour de mon pin solitaire, en le caressant.
--Tao Yuanming, IVe siècle av. J.-C.
Quand vous entendez parler d’un siheyuan, vous imaginez-vous
pouvoir vivre dans l’un deux?
Un siheyuan est un espace emmuré, un jardin entouré de bâtiments, un enclos
rectangulaire. Le mot siheyuan signifie un jardin entouré de quatre bâtiments.
Au fil de l’histoire chinoise, le siheyuan a été le modèle de base que
l’on a utilisé pour les résidences, les palais, les temples, les monastères, les
entreprises familiales et les bureaux du gouvernement. Il y avait des siheyuan
tout simples et des plus élaborés.
Je vis actuellement dans un siheyuan. Le soleil me caresse de ses rayons
bienfaisants. Je peux dire quelle est l’heure du jour, simplement en regardant
de quel côté s’étend l’ombre sur les pavés. Le matin, lorsque je m’éveille et
que je sors de la maison principale, je sais que le soleil réchauffera mon
visage. Je peux entreposer ma nourriture dans la partie orientale du bâtiment
ouest, sachant que c’est là qu’il fait toujours le plus frais. Je peux changer
la direction de mon lit vers l’ouest ou vers l’est, car je sais où j’y serai le
mieux. Je sais aussi où déposer mes pots de fleurs et où les oiseaux feront leur
nid. Comment puis-je connaître toutes ces choses? Mon siheyuan a été construit
en respectant les principes qui optimisent l’exposition au soleil, tout en
offrant une protection contre les vents du nord, règles anciennes qui
correspondent à la localisation des habitations chinoises.
Le code confucéen, basé sur l’ordre cosmique et la hiérarchie des relations
entre supérieur et inférieur, remonte à quelque 500 ans avant J.-C., et il est
demeuré jusqu’à nos jours un composant essentiel de la famille et de la société
chinoises. La maison chinoise, ce qui signifie la famille et l’espace de vie, a
été établie selon ce code confucéen.
Le siheyuan était un espace extérieur protégé du bruit et de la poussière de
la rue, protégé également des intrus et des malotrus. Le siheyuan fournit une
intimité complète. Selon leur nature, les Chinois ont toujours gardé les
questions familiales au sein de la famille, fait des affaires avec des amis
fiables et adopté un mode de vie intimiste. Le gris et les extérieurs peu
décorés disaient peu de la beauté intérieure et de la vie qui se déroulait au
sein du siheyuan.
Selon les registres, même durant la dynastie des Shang (environ 1700-1 100
av. J.-C), les maisons étaient construites autour d’un siheyuan. Même la plupart
des ethnies minoritaires de la Chine construisaient leur maison autour d’un
siheyuan. Selon le climat et la topographie des différentes régions de Chine et
selon les traditions tribales, l’arrangement de la maison pouvait différer.
Celle-ci pouvait être construite avec différents matériaux, avoir un ou deux
étages, des fenêtres ou des portes différentes. Cependant, une chose restait
inchangée : la résidence était bâtie autour d’un siheyuan. En Chine du Nord, où
les grands espaces ne sont pas chose rare, les siheyuan étaient plus vastes. En
Chine du Sud, au climat plus doux, il y avait moins de terrains vacants, et les
siheyuan étaient généralement plus exigus. Il n’était pas rare d’y voir des
bâtiments à deux étages; ce type de bâtiment assurait une plus grande fraîcheur
des lieux, car il projetait son ombre plus longtemps. Dans les régions de loess
comme le Shaanxi et le sud du Shanxi, le siheyuan pouvait prendre la forme d’une
série de grottes autour d’une cour creusée, ou de demeures troglodytiques sur le
versant d’une colline avec es bâtiments sur les trois autres côtés du siheyuan.
Les tulou (maisons en terre) ronds du Fujian, les maisons en bambou sur pilotis
du Yunnan, toutes étaient construites autour d’un siheyuan.
En 1300 av. J.-C., Beijing fut conçue comme une ville emmurée, avec un
arrangement en forme de damier, respectant la tradition chinoise de vénération
du ciel et de la terre. Le pôle du Nord était le centre du monde et de là,
l’empereur faisait face au sud en tout temps. La Cité interdite a été construite
de manière à ce que toutes les résidences et les salles de l’empereur fassent
face au sud. Dans les siheyuan des gens du commun, les bâtiments étaient donc
bâtis de la même manière.
Une atmosphère de repos et
d’harmonie
Maintenant, suivez-moi dans un siheyuan et observons de plus près cette façon
charmante de concevoir l’habitat. L’atmosphère dans laquelle la personne se
repose, mange et épanche son amour des siens doit être à la fois harmonieuse,
sensible, confortable et reposante. Justement, l’atmosphère qui imprègne un
siheyuan, c’est cela.
L’entrée du complexe d’habitation se situe dans le coin sud-est. Avant
d’entrer dans un siheyuan, on aperçoit le mur écran. Ce mur était autrefois le
garant de l’intimité lorsque la grande porte de la l’entrée principale était
ouverte pour accueillir les visiteurs. Pour entrer dans le siheyuan, la
personne devait contourner le mur par la gauche. Le siheyuan était le petit
monde de la famille. La plupart du temps, il y avait au moins trois arbres, dont
un à feuilles persistantes, et un arbre à fleurs, et si on était chanceux,
qui produirait des fruits comestibles. Le siheyuan contenait également de
belles pierres et de l’eau. Il y avait des fleurs, et très souvent une grosse
vasque dans laquelle des poissons rouges aux yeux globuleux nageaient
paresseusement. Des oiseaux dans une cage en bambou, suspendue dans un endroit
ombragé, complétaient la scène.
Règle générale, le bâtiment faisant face au sud était appelé la résidence des
maîtres parce qu’il avait la meilleure localisation, était le plus chaud en
hiver, au moment où le soleil était à son plus bas; il offrait aussi le plus de
fraîcheur en été, alors que les salles étaient ombragées par les avant-toits qui
les surplombaient. Cette localisation de choix était donc utilisée par le chef
de la maison ou par les plus vieux. Les bâtiments situés dans la partie
est ou ouest du siheyuan, appelés bâtiments latéraux, étaient réservés à l’usage
des fils ou des filles selon l’ordre familial confucéen. Le bâtiment sud, qui
faisait face au nord, était réservé aux serviteurs et aux enfants. On y trouvait
aussi la cuisine et les cabinets. On se servait également de cet endroit pour
mener des affaires avec l’extérieur, conservant ainsi l’intimité des autres
bâtiments,
Les familles riches ne se contentaient pas d’un siheyuan simple et elles en
ajoutaient un deuxième et un troisième le long de l’axe nord-sud, formant
des complexes de siheyuan. Au fur et à mesure de l’élargissement de la famille,
on ajoutait des siheyuan de chaque côté de l’axe principal. Encore une fois, les
plus vieux occuperaient le siheyuan situé le plus au nord. En entrant par la
porte principale, le visiteur tournait ensuite vers l’ouest, dans le premier
siheyuan, où un serviteur demandait au visiteur de s’asseoir, alors qu’un autre
annonçait son arrivée. Les membres de la famille se préparaient alors à recevoir
le visiteur dans l’endroit convenable et selon les bonnes règles de l’art.
Chaque siheyuan était séparé du suivant par une porte, flanquée d’une paire de
lions en pierre des deux côtés de celle-ci. Dans certains complexes de siheyuan,
on devait accéder aux siheyuan intérieurs en franchissant deux ou trois marches,
et tous étaient organisés en fonction d’une exposition maximum au soleil et
l’éthique confucéenne. La grandeur et la décoration du siheyuan dépendaient de
la richesse, du statut et du nombre de membres de la famille.
Si la famille possédait des animaux, elle ajoutait alors un espace pour une
étable. En Chine du Nord, cet espace était habituellement situé dans la partie
est du siheyuan principal, ce qui en formait un autre au sein du complexe. Les
très grandes résidences qui comprenaient de nombreux siheyuan étaient finalement
entièrement emmurées. À l’intérieur des murs, on pouvait trouver le jardin de la
famille, des pâturages, parfois même un lac, et des siheyuan à l’intérieur
d’autres siheyuan.
Grands ou petits, les siheyuan garantissaient un environnement sûr et
tranquille pour toute la famille.
Si on rêvait un peu…
Revenons maintenant dans mon petit siheyuan. Asseyons-nous sous un jujubier
fleuri. Laissez-moi vous offrir une tasse de thé au jasmin dans une belle
porcelaine. Écoutons le murmure de la brise dans le pin….
Dans mon siheyuan, je peux « me retirer du brouhaha du monde extérieur et
faire un retour à la nature ». Au loin, je vois les montagnes, les nuages et le
soleil….Mon siheyuan est mon petit monde. C’est ici que mes amis viennent
s’asseoir pour profiter de la vie.
La Chine au présent