Le ballet chinois vit un creux de vague
  2004-05-27 14:07:15
 

CHAQUE week-end, on peut voir une scène animée devant la porte de l’Institut de danse de Beijing: quantité de voitures et de bicyclettes sont garées en bordure de la rue et un embouteillage bloque la circulation. La raison : des gens viennent des quatre coins de Beijing pour recevoir une formation de danseurs. La plupart des participants sont des enfants accompagnés de leurs parents et des amateurs de danse de tout âge.

L’Institut de danse de Beijing, qui se trouve dans une rue retirée de l’ouest de Beijing, est l’un des établissements d’enseignement supérieur en art les plus connus en Chine. En plus de la formation à la danse professionnelle, cette école a également ouvert divers cours de danse au grand public. Puisque le niveau de vie s’élève, chacun espère avoir une vie spirituelle plus riche, et de là, élever le goût de son enfant. Ces cours sont de plus en plus appréciés. À la fin de la semaine, lors des jours de cours, on compte des centaines d’élèves et de parents accompagnateurs. C’est bien entendu une scène impressionnante.

En plus de ceux qui étudient la danse traditionnelle chinoise et de la danse moderne occidentale, ceux qui étudient le ballet représentent la grande proportion des participants à la formation. Cette danse gracieuse est surtout appréciée par les parents des enfants. Ils trouvent que l’apprentissage du ballet permet à leur enfant de développer des qualités artistiques.

En Chine, cet art distingué est toujours aimé et apprécié et est fort demandé dans la société. Mais ce qui est dommage, c’est que cet art perce difficilement le marché du spectacle, bien qu’il soit le summum des arts classiques. Actuellement en Chine, on ne compte qu’un peu plus de 300 danseurs de ballet professionnels, ainsi que cinq troupes de ballet spéciales, dont l’existence et les représentations dépendent principalement des subsides de l’État dans le domaine de la culture.

D’autre part, la Chine possède aussi des établissements de formation de danseurs de ballet relativement complets. L’Institut de danse de Beijing et l’Institut de danse de Shanghai, la plus grande ville de Chine, sont deux grandes écoles supérieures spécialisées dans la formation des danseurs, lesquelles ont aussi des écoles secondaires annexes qui forment des danseurs en herbe. Dans ces deux instituts, il y a des départements de ballet. Dans d’autres établissements d’enseignement supérieur en arts, il y a aussi des spécialités de ballet. En plus, la Chine possède beaucoup d’écoles secondaires en arts destinées à la formation des danseurs et des enseignants, y compris des danseurs de ballet.

À part ces diverses écoles officielles, il y a encore des personnalités des milieux artistiques de la Chine qui s’occupent de la vulgarisation de la danse en donnant des cours et en ouvrant des écoles privées.

L’École de danse Runliang à Beijing est une école privée spécialisée dans la formation et l’entraînement des danseurs de ballet. Zhong Runliang, sa fondatrice, était l’une des danseuses étoiles les plus connues de Chine. Pour mieux vulgariser l’art du ballet et de la danse, elle a créé cette école en 1997 et lui a donné son nom.

Quelques années se sont écoulées, les premiers élèves de cette école ont reçu leur diplôme. Parmi ces élèves, les uns ont commencé une carrière artistique, d’autres enseignent la danse et certains autres sont entrés dans des établissements d’enseignement supérieur en arts à l’intérieur ou à l’extérieur du pays pour se perfectionner. Des élèves de cette école ont même décroché un grand prix dans un concours international de ballet pour adolescents.

Il faut noter que cette école s’en remet entièrement aux capitaux rassemblés dans la société, sans avoir recours à des subsides octroyés par l’État, ce qui montre que le ballet et d’autres danses ont attiré l’attention de la société et obtenu son soutien, et que les jeunes qui espèrent se consacrer à l’art de la danse sont déjà nombreux en Chine.

Bien qu’il soit très difficile de devenir un danseur de ballet, qu’il faille des années d’études et que les frais de scolarité soient relativement élevés pour la plupart des familles chinoises, il y a beaucoup de parents, dont les enfants sont doués pour la danse, qui cherchent par tous les moyens à faire entrer leur enfant dans différentes écoles de danse. Le nombre des étudiants admis provenant de l’école secondaire relevant de l’Institut de danse de Beijing, de l’école de danse de Shanghai et d’autres écoles artistiques professionnelles gérées par l’État est loin de satisfaire à la demande ; c’est l’une des raisons pour lesquelles l’école de danse Runliang et d’autres écoles de danse privées sont bien accueillies.

Aujourd’hui, le milieu de la chorégraphie de Chine a déjà implanté le mode de gestion privé pour l’école de danse, ce qui est chose très rare en Chine, puisque l’école privée n’est pas encore entièrement reconnue. D’après des spécialistes, bien que la musique et la peinture fassent déjà partie du contenu de l’éducation de base au primaire et au secondaire, il devrait en être de même pour la danse. L’école privée de danse peut fournir les enseignants.

Ces dernières années, à Beijing, à Shanghai et dans d’autres grandes villes chinoises, le ballet a formé un marché de spectateurs et un programme saisonnier de représentations a été lancé. Des troupes de ballet connues de l’étranger sont venues en Chine à quelques reprises, et presque tous les ballets célèbres du monde ont présenté leur spectacle sur la scène chinoise. On peut donc dire que le ballet a une certaine influence sur le marché du spectacle de Chine.

Les artistes chinois ont aussi participé à la création. Ils ont essayé de lier le caractère traditionnel national avec le ballet. Le ballet chinois, qui n’a débuté que dans les années 50, a créé Le Détachement rouge de femmes et La Fille aux cheveux blancs, pièces de ballet chinois présentées il y a des dizaines d’années ; à l’époque, peu de Chinois connaissaient cet art occidental. Jusqu’aujourd’hui, ces pièces sont encore présentées et gardent une place sur la scène mondiale du ballet.

L’année dernière, la Troupe de ballet de Guangzhou, située en Chine du Sud, a adapté pour le ballet une ancienne histoire d’amour chinoise intitulée  Liang Shanbo et Zhu Yingtai. Au plan musical, elle a combiné le concerto pour violon et orchestre, les choeurs, des instruments de musique chinois et le théâtre traditionnel chinois. Elle a utilisé la tenue chinoise traditionnelle au lieu du costume de ballet habituel. Elle a marié à merveille la danse traditionnelle chinoise et la danse moderne occidentale, de sorte que ce théâtre présente le charme oriental et l’élégance du ballet.

À la fin de l’année dernière, la Troupe de ballet de Guangzhou a fait une tournée aux États-Unis et y a donné huit représentations comprenant des ballets classiques et cette nouvelle pièce. Cette tournée a attiré des milliers de spectateurs. Des journaux locaux ont fait l’éloge de la bonne maîtrise technique et de la grâce des artistes chinois. Le chef de la Troupe de ballet de Guangzhou, Zhang Dandan, a dit que les spectateurs de l’étranger ne comprennent peut-être pas cette pièce chinoise, mais qu’elle a su gagner leur respect.

Cependant, bien que le ballet chinois ait une base sociale et de bons danseurs, il vit une période de disette. Presque toutes les troupes de ballet professionnelles se trouvent dans l’embarras. D’une part, il y a déjà en Chine un bassin de spectateurs à exploiter, mais d’autre part, ces troupes font face à une pression pour survivre et sont incapables d’exploiter le marché.

Les cinq troupes de ballet de la Chine se trouvent respectivement à Beijing, Shanghai, Tianjin, Shenyang et Guangzhou. À part celles-ci, il n’y a plus d’autres troupes professionnelles.

En comparaison avec leurs homologues de l’étranger, l’envergure de ces troupes de ballet chinoises n’est pas très grande. Une troupe ne regroupe souvent que des dizaines de professionnels, mais elle a besoin de quelque dizaines de millions de yuans par an pour maintenir ses représentations et son fonctionnement normal. La Troupe centrale de ballet de Beijing, dont les recettes annuelles sont les plus élevées parmi les troupes de ballet de Chine, a une recette annuelle n’atteignant parfois que quelque 10 000 yuans, et tout au plus 5 millions. Bien que le nombre des danseurs de ballet professionnels n’atteigne que 300, les troupes de ballet ont de la difficulté à agrandir leur contingent, de sorte que pour donner des représentations, les troupes sont à bout de souffle et ont du mal à présenter de nouvelles créations et à innover. De plus, les besoins financiers supplémentaires doivent être comblés par l’État ou par la société.

La Troupe centrale de ballet est la plus grande troupe de Chine et jouit d’un grand prestige dans le milieu chorégraphique mondial. Cependant, dans les années 90, cette troupe, incapable de renouveler son personnel, était appelée par la presse « la plus vieille troupe de ballet du monde ». L’âge moyen des danseurs atteignait presque 40 ans. Depuis lors, grâce au soutien spécial de l’État, la Troupe centrale de ballet a réussi à introduire de jeunes artistes.

La Chine, qui n’a pas une longue tradition de ballet, cherche la manière d’établir un marché de spectateurs. Comment présenter davantage de bonnes pièces aux spectateurs et comment faire en sorte que le ballet attire plus de spectateurs ? Ce sont des questions qui suscitent réflexion. D’après Zhang Dandan, chef de la troupe de ballet de Guangzhou, considérée comme une troupe qui a eu le courage d’opérer une révolution en Chine, il faut d’abord guider l’intérêt des gens vers le ballet et le faire mieux connaître. Pour les représentations de cette troupe, le prix des billets est très bas : un billet pour étudiant ne coûte que 20 yuans et le plus cher, 80  yuans. À ce propos, Zhang explique : « Le ballet ne doit pas être un type de consommation à prix modique, mais à cette étape, l’important est l’orientation. »

Ce type de travail, toutes les troupes de danse, les départements de la culture de l’État, ainsi que les artistes qui se consacrent à la vulgarisation du ballet, comme Zhong Runliang, sont en train de le faire. Toutefois, leurs efforts représentent très peu par rapport aux besoins. Il faut un programme plus complet et davantage de moyens financiers pour élargir le marché de la représentation du ballet en Chine.

YIN XINGCHUAN

La Chine au présent

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