HEGANG, Heilongjiang, 31 octobre (Xinhua) -- Li Jianguo, 72 ans, se souvient encore du monticule de déchets miniers qui dominait autrefois l'entrée de sa maison.
"La poussière de charbon entrait dans la maison avec le vent, toute l'année. Même en été, il fallait garder les fenêtres fermées," se rappelle cet ancien mineur, qui a passé trois décennies dans les mines de charbon de la ville.
Aujourd'hui, ce retraité se promène chaque matin dans un parc au bord d'un lac, thermos de thé à la main. Il y observe des enfants courir sur des pelouses soigneusement entretenues, tandis que des voisins âgés pratiquent le tai-chi sous les bouleaux.
Le parc a été construit sur ce qui était autrefois une friche minière effondrée, une zone de subsidence parsemée de puits abandonnés et de baraques.
A bien des égards, il raconte l'histoire de toute une ville et de sa métamorphose.
UNE VILLE NÉE DE "L'OR NOIR"
Située dans la province du Heilongjiang, dans le nord-est de la Chine, près de la frontière russe, Hegang se trouve là où les collines boisées cèdent la place aux plaines. Si son nom signifie littéralement "crête de la grue", il dérive en réalité d'un ancien mot désignant les chiens viverrins qui peuplaient autrefois ses terres sauvages.
En 1914, un chasseur découvre par hasard du charbon en défrichant des terres le long d'une rivière. Une société minière est créée quatre ans plus tard, attirant des vagues de travailleurs. Une ville prend forme dès 1929. Hegang reçoit son nom actuel à la fondation de la République populaire en 1949, avant de devenir l'une des quatre grandes "capitales du charbon" de la Chine nouvelle, un moteur de son industrialisation.
Mais "l'or noir" qui a donné naissance à la ville n'était pas inépuisable. A mesure que les réserves se tarissaient et les mines fermaient les unes après les autres à partir du début des années 2000, les jeunes sont partis, et Hegang est devenue une ville comptant bien plus de logements que d'habitants.
En 2019, ce surplus immobilier est devenu une plaisanterie virale sur Internet. Dans l'un des cas les plus extrêmes, un vieil appartement dans un immeuble sans ascenseur est vendu pour seulement 15.000 yuans (environ 2.246 dollars). Les internautes ont plaisanté en disant que les logements de Henang se vendaient "au prix du chou", autrement dit pour une bouchée de pain.
"Nous étions sous une pression énorme," confie Xiao Yu, fonctionnaire au bureau municipal du logement et du développement urbain et rural.
Plutôt que de miser sur des logements bon marché pour attirer les chasseurs de bonnes affaires, la ville a choisi de changer de cap. Les responsables locaux ont sillonné le pays pour étudier des techniques de construction les plus avancées, élaboré de nouvelles normes adaptées aux froids extrêmes et incité les promoteurs immobiliers à privilégier la qualité plutôt que le volume.
Entre 2019 et 2025, les ventes de logements commerciaux ont presque quintuplé. Dans les résidences haut de gamme, les prix moyens dépassent désormais 4.800 yuans le mètre carré.
"Ce n'est que le début," déclare Li Baiyang, directeur du bureau municipal du logement et du développement urbain et rural. "Nous prévoyons de rénover l'ensemble des anciens logements de Hegang pour en faire des habitations décentes."
Cette ville paisible et glaciale possède ses propres atouts, notamment pour ceux qui en ont assez de l'humidité du sud ou qui sont épuisés par le rythme effréné des mégapoles.
Yan Bo et son épouse, originaires de la ville dynamique de Hangzhou, dans la province orientale du Zhejiang, ont parcouru plus de 2.000 kilomètres pour découvrir un rythme plus tranquille de Hegang. Ils y ont acheté un appartement et ne sont jamais repartis.
Ivan, un commerçant transfrontalier russe qui n'a souhaité être désigné que par son prénom, s'est installé dans la ville l'an dernier. Il la décrit comme "agréable à vivre" et ses habitants comme "sincèrement accueillants."
LA MÉTAMORPHOSE D'UNE VILLE
La transformation de Hegang dépasse largement son marché immobilier. Il y a un peu plus d'une décennie, la ville était encore recouverte de suie. Ses 16 cours d'eau, dont deux rivières et 14 canaux de drainage, étaient noirs de pollution. Des années d'efforts systématiques de dépollution ont désormais permis de retrouver des eaux limpides.
La municipalité a démoli plus de 4.100 bâtiments anciens le long des berges, planté 96 hectares d'espaces verts riverains et transformé d'anciennes zones de subsidence minière en 32 parcs et places publiques. L'ancienne fosse minière désaffectée de Xinling a été réaménagée en site touristique, tandis que les zones humides de la rivière Dulu sont devenues une étape importante pour les oiseaux migrateurs et abritent certaines espèces menacées.
Une nouvelle économie se développe également sous terre. Hegang possède 2,3 milliards de tonnes de réserves prouvées de minerai de graphite, une matière première utilisée dans la fabrication des anodes de batteries lithium-ion. Plus de 80% du graphite naturel chinois destiné à la production de batteries provient de cette région.
La ville s'est associée au groupe China Minmetals pour appliquer des technologies modernes, telles que l'Internet des objets et l'informatique en nuage, à l'ensemble de la chaîne industrielle du graphite, de l'extraction à la transformation. L'objectif est de surmonter les principaux obstacles techniques liés à la production de graphite de haute pureté. L'ancienne capitale du charbon ambitionne de devenir un pôle d'innovation technologique dans le secteur des nouveaux matériaux à base de graphite.
Les Chinois considèrent depuis longtemps la gastronomie comme l'un des premiers plaisirs de la vie. A Hegang, base traditionnelle de production céréalière, ce plaisir prend la forme d'écrevisses élevées aux côtés des rizières et d'une spécialité de la cuisine de rue : les brochettes de viande grillée.
Cet encas, populaire depuis les années 1950 où il fournissait des calories rapides aux mineurs sortant de leur poste, est devenu une filière de 4,5 milliards de yuans, avec plus de 1.200 franchises dans toute la Chine.
Pour favoriser ce développement, le maire Deng Weiyuan indique que la ville se concentrera sur la modernisation des industries traditionnelles, l'essor des filières émergentes et la mise en place des forces productives de nouvelle qualité adaptées aux conditions locales.
Avec environ 935.000 habitants et un PIB modeste de 37,6 milliards de yuans en 2024, Hegang demeure confrontée à de nombreux défis. L'ombre de l'ère du charbon persiste dans les infrastructures anciennes comme dans la mémoire collective de ses habitants.
"A l'échelle mondiale, les villes dépendantes des ressources font face à des obstacles considérables dans leur transformation", explique Sun Haojin, directeur de l'Institut d'économie de l'Académie des sciences sociales de la province du Heilongjiang. "La restructuration économique comme l'amélioration écologique sont difficiles."
Il estime néanmoins que les efforts déployés par Hegang en faveur d'un développement vert constituent un exemple à suivre.
Comme de nombreuses villes industrielles en déclin à travers le monde, Hegang ne renaît pas : elle se reconstruit. Son prochain chapitre s'écrit grâce à ceux qui sont restés et à ceux qui ont choisi de s'y installer.
Zheng Siduo, 32 ans, diplômé d'une université de Harbin, la capitale provinciale, est rentré dans sa ville natale pour y créer une entreprise.
"Par rapport aux villes de premier rang, l'environnement détendu, agréable à vivre et peu coûteux de Hegang offre un terreau idéal pour les start-up technologiques", explique le fondateur de Zhanhui Industrial Design, première entreprise de conception créative et d'impression numérique de la ville.
Créée en mai dernier, la société fabrique des modèles et des composants industriels personnalisés en impression 3D, qu'elle exporte dans le monde entier via des plateformes de commerce électronique transfrontalier telles qu'Amazon. Fin
