KINSHASA, 23 octobre (Xinhua) -- La lutte contre l'épidémie d'Ebola en Afrique se heurte à des difficultés croissantes avec la propagation au-delà des frontières nationales, alors qu'un deuxième décès au Kenya et les incertitudes entourant l'origine de la première infection au Nigeria compliquent les efforts d'endiguement, malgré le lancement vendredi d'un important essai clinique vaccinal en République démocratique du Congo (RDC), qui suscite de nouveaux espoirs.
Ces derniers développements ravivent les inquiétudes concernant les lacunes de la surveillance transfrontalière et de la préparation sanitaire régionale. L'Ouganda a notamment renforcé les restrictions de transit, tandis que les scientifiques poursuivent leurs efforts pour mettre au point des vaccins contre la souche Bundibugyo du virus Ebola.
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'épidémie touche désormais quatre pays en Afrique. Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) l'a précédemment qualifiée d'épidémie d'Ebola présentant la plus grande étendue géographique jamais enregistrée sur le continent.
En RDC, l'épidémie a fait 4.687 morts sur un total de 9.704 cas confirmés au 20 octobre, touchant huit des 26 provinces du pays.
UN DEUXIEME DECES SIGNALE AU KENYA
Le ministère kényan de la Santé a annoncé vendredi soir le décès d'une femme de 65 ans atteinte d'Ebola, portant à deux le nombre de morts parmi les neuf cas confirmés dans le pays.
La femme, une proche parente du premier patient confirmé au Kenya, avait été placée en quarantaine avant de présenter des symptômes le 13 octobre. Elle avait été admise le jour même dans un centre de traitement, mais est décédée vendredi soir malgré les soins reçus.
Le premier patient, qui avait voyagé de la RDC vers le Kenya en passant par l'Ouganda, était décédé à Nairobi le 5 octobre.
Les huit infections secondaires ont toutes été reliées au cas initial. Elles concernent quatre membres de sa famille et quatre professionnels de santé. Les sept patients encore en vie sont pris en charge dans deux centres d'isolement.
Les autorités kényanes ont indiqué qu'il n'existait "aucune preuve de transmission communautaire" en dehors du foyer identifié. Dans son rapport publié vendredi, l'OMS a précisé que les 135 contacts du premier patient avaient tous été identifiés et placés en quarantaine.
AU NIGERIA, DES INCERTITUDES PERSISTENT SUR L'ORIGINE DE L'INFECTION
Au Nigeria, de nouveaux résultats de séquençage génomique ont mis en évidence une forte similitude entre les virus détectés chez l'unique patient confirmé dans le pays et chez le premier patient importé au Kenya, alors que des versions contradictoires concernant les déplacements de la patiente nigériane compliquent les investigations sur l'origine de son infection.
Le ministre nigérian de la Santé et de la Protection sociale, Muhammad Ali Pate, a indiqué vendredi que les analyses génomiques avaient révélé que le virus détecté chez la patiente nigériane était "très similaire" à celui identifié dans le premier cas importé au Kenya, avec "une seule mutation" de différence.
Le Nigeria a confirmé le 20 octobre ce cas à Abuja, la capitale. Selon l'OMS, la patiente était arrivée au Nigeria le 3 octobre, avait développé des symptômes quatre jours plus tard et avait été testée positive à la souche Bundibugyo le 20 octobre.
Selon des médias suisses citant le ministère des Affaires étrangères du pays, la patiente est une ressortissante suisse mariée à un employé de l'ambassade de Suisse à Abuja. Le ministère a affirmé que ni la femme ni son époux, actuellement en isolement, ne s'étaient rendus en RDC, contredisant une version précédemment avancée par les autorités ougandaises.
Le ministère ougandais de la Santé a indiqué vendredi que la patiente ne présentait aucun symptôme lors de son départ de l'Ouganda, précisant que les investigations se poursuivaient pour déterminer le début de ses symptômes et le lieu où elle aurait pu être exposée au virus.
Selon l'OMS, le Nigeria avait identifié 44 contacts en date du 20 octobre et renforcé ses dispositifs de surveillance épidémiologique et de prévention des infections.
Le ministère nigérian de la Santé a indiqué que la patiente présentait des signes de rétablissement, tout en soulignant qu'aucune transmission communautaire n'avait été mise en évidence.
L'OUGANDA RENFORCE LES RESTRICTIONS DE TRANSIT
Dans un contexte d'incertitudes concernant les déplacements de la patiente nigériane, l'Ouganda a annoncé vendredi de nouvelles mesures de précaution, notamment des restrictions visant les voyageurs ayant récemment séjourné en RDC.
Dans un communiqué, le ministère ougandais de la Santé a précisé que les voyageurs ayant des antécédents de déplacement en RDC ne seraient plus autorisés à transiter par le territoire ougandais.
Les autorités ont également rétabli les formulaires de localisation des voyageurs pour tous les passagers, renforcé les mesures de prévention et de contrôle des infections aux points d'entrée et de sortie du territoire, ainsi que dans les établissements de santé, et intensifié la surveillance épidémiologique à l'échelle nationale.
Le ministère a réaffirmé que l'Ouganda demeurait exempt d'Ebola. Le pays avait enregistré 20 cas confirmés, dont deux décès, avant que la fin de l'épidémie ne soit officiellement reconnue par l'OMS et le CDC Afrique le 27 août, après 42 jours consécutifs sans nouveau cas confirmé.
L'OMS a toutefois rappelé vendredi qu'elle ne recommandait pas de restrictions aux voyages ou aux échanges commerciaux avec les pays touchés par l'épidémie, préconisant plutôt un renforcement de la surveillance, une détection rapide des cas et une meilleure coordination transfrontalière.
UN ESSAI VACCINAL PORTEUR D'ESPOIR
Alors que les pays concernés intensifient leurs efforts pour empêcher de nouvelles contaminations, un important essai clinique visant à évaluer plusieurs vaccins contre la souche Bundibugyo du virus a débuté vendredi à Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri, la plus durement touchée par l'épidémie en RDC.
Cet essai clinique de phases 2 et 3, baptisé Tumaini, qui signifie "espoir" en swahili, a été lancé, selon la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (CEPI), qui finance et soutient l'étude.
Malgré l'ampleur de l'épidémie actuelle, aucun vaccin n'a encore été homologué spécifiquement contre la souche Bundibugyo du virus Ebola.
L'essai vise à évaluer la sécurité, les réponses immunitaires et l'efficacité de plusieurs candidats-vaccins. Il repose sur une plateforme adaptative permettant d'étudier plusieurs vaccins dans le cadre d'un même protocole.
Le premier vaccin intégré à l'essai est Ervebo, déjà homologué contre la souche Zaïre du virus, mais dont l'efficacité contre la souche Bundibugyo n'a pas encore été démontrée.
Selon l'OMS, Ervebo a déjà été administré à plus de 9.000 intervenants de première ligne en RDC dans le cadre d'un protocole de recherche différent. Le nouvel essai devrait permettre de recueillir des données scientifiques plus solides sur sa capacité à protéger contre la souche Bundibugyo.
Deux autres candidats vaccins spécialement développés contre ce virus, l'un par Moderna et l'autre par l'Université d'Oxford en collaboration avec le Serum Institute of India, devraient prochainement être intégrés à l'essai.
Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du programme de gestion des situations d'urgence sanitaire de l'OMS, a qualifié le lancement de cet essai d'étape cruciale pour déterminer si les candidats-vaccins peuvent protéger efficacement les populations contre le virus.
Dans un rapport différent publié mercredi, le Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique a averti que les infections à Ebola en RDC étaient reparties à la hausse après une brève période de recul, la dernière moyenne mobile sur sept jours suggérant une "nouvelle intensification de la transmission".
L'OMS a souligné que l'épidémie se trouvait toujours "à un tournant critique", avertissant que l'aggravation de l'insécurité, les déplacements de populations et les restrictions d'accès humanitaire compliquaient davantage les opérations de riposte et accroissaient le risque de transmission non détectée. Fin
