KINSHASA, 21 octobre (Xinhua) -- L'Afrique est confrontée à "l'épidémie d'Ebola la plus étendue géographiquement de l'histoire", selon le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique). En République démocratique du Congo (RDC), le nombre de cas confirmés approche les 10.000, tandis que de nouveaux cas signalés au Kenya et au Nigeria ravivent les inquiétudes quant à la propagation transfrontalière du virus.
Le directeur général du CDC Afrique, Jean Kaseya, a averti mardi que l'épidémie touchait désormais plusieurs pays répartis dans trois régions du continent, appelant à un soutien international urgent pour empêcher toute nouvelle propagation.
Près de cinq mois après la déclaration de l'épidémie en RDC, celle-ci y a fait plus de 4.600 morts et touché huit des 26 provinces du pays. L'apparition de cas importés dans d'autres pays met en évidence les lacunes de la surveillance sanitaire aux frontières.
UNE PROPAGATION TRANSFRONTALIERE QUI SUSCITE L'INQUIETUDE
Le Nigeria a confirmé mardi son premier cas de maladie à virus Ebola causée par la souche Bundibugyo, la même que celle responsable de l'épidémie en cours en RDC, devenant ainsi le cinquième pays à détecter ce virus depuis le début de l'épidémie en mai, selon les autorités sanitaires nigérianes.
La patiente, une femme ayant récemment transité par l'Ouganda, a développé des symptômes le 7 octobre avant de consulter quatre jours plus tard dans un hôpital privé à Abuja. Son infection a été confirmée le 20 octobre. Les autorités nigérianes ont identifié 44 contacts à suivre, tandis que la patiente a été placée en isolement où elle reçoit les soins nécessaires.
Selon le ministère ougandais de la Santé, la patiente s'était rendue dans l'est de la RDC pour des activités commerciales avant de transiter par l'Ouganda début octobre, sans présenter de symptômes. Le ministère a souligné que ce transit ne permettait pas de déterminer le lieu de contamination, les investigations étant toujours en cours.
L'Ouganda, qui avait précédemment enregistré 20 cas confirmés d'Ebola et deux décès liés à cette épidémie, avait été déclaré exempt d'Ebola le 27 août, à l'issue d'une période de surveillance de 42 jours sans nouvelle infection.
Le ministère a réaffirmé mardi qu'aucun cas confirmé actif d'Ebola n'était actuellement signalé dans le pays, tout en s'engageant à renforcer le contrôle sanitaire et la surveillance aux points d'entrée.
Parallèlement, le Kenya a annoncé mardi un neuvième cas confirmé d'Ebola, tous les cas étant liés à un premier cas importé concernant un ressortissant kényan qui avait voyagé depuis la RDC en passant par l'Ouganda, avant de décéder à Nairobi le 5 octobre.
Le dernier patient se trouvait déjà en quarantaine lorsqu'il a développé des symptômes. Selon les autorités sanitaires kényanes, aucune transmission en dehors de ce foyer épidémiologique n'a été mise en évidence à ce stade, tandis que 134 des 135 contacts identifiés avaient été placés en quarantaine.
L'EPIDEMIE EN RDC APPROCHE LE SEUIL DES 10.000 CAS
En RDC, l'épidémie continue de faire de nombreuses victimes malgré les premiers signes de ralentissement de la transmission dans certaines zones.
Selon le dernier rapport de situation des autorités sanitaires congolaises publié mercredi, le pays totalisait en date du 19 octobre 9.637 cas confirmés, dont 4.646 décès, soit un taux de létalité de 48,2%.
La province de l'Ituri demeure l'épicentre de l'épidémie, concentrant 72,7% des cas confirmés cumulés. Le Nord-Kivu voisin est également devenu un important foyer de transmission, avec 2.117 cas confirmés et 1.191 décès, soit un taux de létalité de 56,3%.
Le virus a également atteint récemment la province septentrionale du Nord-Ubangi, portant à huit le nombre de provinces touchées et à 66 celui des zones de santé affectées.
L'extension géographique de l'épidémie suscite également des inquiétudes quant au risque de propagation du virus jusqu'à Kinshasa, la capitale densément peuplée du pays, qui compte près de 20 millions d'habitants.
L'ancien ministre congolais de la Santé, Jean-Jacques Mbungani Mbanda, a averti mardi que l'apparition de cas dans les provinces du Sud-Ubangi et du Nord-Ubangi (nord-ouest), accentuait le risque d'importation du virus vers la capitale par les voies fluviales, aériennes et routières.
Il a appelé les autorités à renforcer la surveillance dans les aéroports, les ports fluviaux et les autres points d'entrée, soulignant que le seul contrôle de la température ne permettait pas de détecter les voyageurs infectés pendant la période d'incubation.
M. Mbungani a également plaidé pour un renforcement de la surveillance communautaire et des mesures de prévention et de contrôle des infections dans les établissements de santé, estimant que Kinshasa devait renforcer sa préparation sans attendre la détection d'un premier cas confirmé.
UNE MOBILISATION INTERNATIONALE URGENTE
M. Kaseya a averti mardi que l'extension géographique de l'épidémie, conjuguée à un taux de létalité proche de 50% en RDC, constituait une menace extrêmement grave pour la santé publique.
Dans une déclaration publiée après la confirmation du premier cas au Nigeria, il a indiqué que le CDC Afrique avait commencé à mobiliser une assistance en faveur du Nigeria, tout en intensifiant sa riposte en RDC et au Kenya et en maintenant une vigilance accrue en Ouganda.
Appelant à une mobilisation internationale urgente, il a demandé des financements souples et rapidement disponibles, des fournitures médicales, des moyens de diagnostic, du personnel d'intervention formé ainsi qu'un renforcement de la surveillance communautaire.
"Nous ne pouvons pas permettre que cette épidémie se propage à davantage de pays ou se poursuive pendant une année supplémentaire", a-t-il averti.
Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a également appelé à maintenir un niveau élevé de préparation régionale après la confirmation du premier cas d'Ebola (souche Bundibugyo) au Nigeria.
Dans un message publié mercredi sur les réseaux sociaux, il a exhorté les pays de la région à maintenir une vigilance élevée afin de détecter rapidement les cas, de prévenir toute nouvelle transmission et de protéger les agents de santé ainsi que les communautés.
L'épidémie actuelle est causée par la souche Bundibugyo du virus, contre lequel aucun vaccin ni traitement spécifique n'est encore homologué. La détection précoce, les soins de soutien et les mesures de prévention et de contrôle des infections demeurent donc essentiels pour réduire la mortalité et interrompre les chaînes de transmission.
L'épidémie s'est déclarée en RDC le 15 mai, avant d'être qualifiée deux jours plus tard d'urgence de santé publique de portée internationale par l'OMS. Le CDC Afrique l'a ensuite déclarée urgence de santé publique de sécurité continentale.
L'épidémie actuelle est devenue la plus importante et la plus meurtrière jamais enregistrée en RDC, ainsi que la deuxième plus grande épidémie d'Ebola au monde, après celle qui avait frappé l'Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016. Fin
