WINDHOEK, 22 septembre (Xinhua) -- Dans un atelier à Ongwediva, dans le nord de la Namibie, Wilhemina Amadhila s'affaire autour de sa machine à coudre, mesurant, découpant et assemblant les tissus.
"Chaque point de couture contribue à donner vie à une magnifique tenue", indique cette jeune femme de 22 ans, qui emportera bientôt ce savoir-faire à Shanghai, en Chine, où elle participera à la 48e édition du concours WorldSkills, prévue du 22 au 27 septembre, aux côtés de 16 autres jeunes Namibiens engagés dans différentes épreuves.
Outre la Namibie, plusieurs pays africains, tels que le Kenya, l'Egypte, l'Afrique du Sud et le Maroc, seront également présents pour mettre en valeur leurs compétences techniques et professionnelles.
Ce n'est pas la première fois que des candidats africains participent à des compétitions des métiers en Chine. Leur participation témoigne du développement de la coopération sino-africaine dans le domaine de la formation professionnelle, qui permet à de nombreux jeunes Africains d'acquérir des compétences pratiques et d'ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles.
APPRENDRE PAR LA PRATIQUE
Lors de la World Vocational College Skills Competition 2025, organisée à Tianjin, dans le nord de la Chine, l'étudiant angolais Massak Ventura Noquena Eduardo a remporté une médaille d'argent grâce à ses compétences en robotique industrielle et en lignes de production automatisées, acquises auprès d'enseignants chinois.
"J'espère mettre en pratique ce que j'ai appris pour contribuer à l'industrialisation de l'Angola", déclare-t-il.
Ces compétences, qui l'ont conduit jusqu'au podium, font partie des enseignements fournis au quotidien dans des établissements gérés conjointement par la Chine et des pays africains. A l'Institut sino-angolais de technologie, les étudiants se forment à la mécatronique, à la robotique industrielle et à l'automatisation.
Guo Xiaoyu, l'un des enseignants chinois, se souvient que certains étudiants hésitaient au début même à toucher un multimètre ou un oscilloscope. Pour lui, "la formation professionnelle ne peut pas reposer uniquement sur la théorie. Les étudiants doivent apprendre en mettant eux-mêmes la main à la pâte".
Après un semestre d'exercices pratiques consacrés à l'assemblage de circuits et au diagnostic des pannes, plus de 90% des étudiants avaient atteint le niveau requis.
Au Holeta Polytechnic College, en Ethiopie, l'enseignante chinoise Ma Yujie fait une démonstration de suture chirurgicale devant des étudiants en sciences animales. A tour de rôle, ceux-ci s'exercent sur des supports de formation.
"Nous participons désormais à des démonstrations pratiques. Nos enseignants chinois nous aident à relier les notions apprises en classe aux pratiques concrètes en matière de santé animale", explique Lemi Abera, 22 ans.
Ma Yujie fait partie des 20 enseignants chinois qui travaillent dans six établissements de formation professionnelle à travers l'Ethiopie. "Les étudiants apprécient beaucoup les occasions de s'exercer sur des modèles de formation. Certains restent même au laboratoire après les cours pour continuer à pratiquer", souligne-t-elle.
Au Cameroun, la formation se poursuit directement sur les chantiers.
Début août, l'entreprise China First Highway Engineering Co. s'est associée au ministère camerounais de l'Enseignement supérieur et à l'Ecole nationale supérieure des travaux publics pour organiser le premier programme de certification des géomètres du pays.
Selon le ministre, Jacques Fame Ndongo, ce programme transforme les chantiers en "salles de classe en plein air" et établit un lien direct entre les universités et les grands projets. Pour lui, cette coopération consiste non seulement à construire des routes, mais aussi à former des personnes et à préparer l'avenir de la main-d'œuvre camerounaise.
Lors du Sommet de Beijing 2024 du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA), la Chine a annoncé l'initiative "Avenir de l'Afrique", avec la création d'un institut d'ingénierie, de dix Ateliers Luban, et de 60.000 places de formation, notamment pour les femmes et les jeunes Africains. A ce jour, 17 Ateliers Luban ont été établis dans 15 pays africains et ont permis de former des dizaines de milliers de professionnels.
DES COMPETENCES A L'EMPLOI
Pour de nombreux jeunes Africains, acquérir un savoir-faire revient avant tout à trouver un emploi, voire à créer leur propre entreprise.
Fin 2025, 30 étudiants rwandais sont rentrés dans leur pays après avoir suivi une année de formation avancée à l'Université technologique professionnelle de Jinhua, dans la province chinoise du Zhejiang (est).
Aimable Tuyishime, un diplômé en commerce électronique âgé de 23 ans, y a étudié la logistique, la gestion des entrepôts et l'analyse des données. Pour lui, cette formation en Chine a été une expérience qui a changé sa vie.
"C'est le moment pour mettre en pratique toutes les compétences et l'expérience que j'ai acquises", affirme-t-il. Il travaille aujourd'hui avec des amis à la création d'une plateforme de commerce en ligne destinée aux consommateurs rwandais.
En Tanzanie, le Kilimanjaro Institute of Technology and Management a lancé au début de l'année un programme de cuisine chinoise, combinant des cours vidéo fournis par des chefs en Chine et des séances pratiques dans des cuisines locales.
"Ces compétences me donnent un véritable avantage, et je pourrai même ouvrir mon propre restaurant un jour", explique Ruth Washima Seni, étudiante en hôtellerie.
Pour certains, les compétitions elles-mêmes peuvent également ouvrir une voie à l'emploi. Lors du concours national des métiers organisé l'an dernier en Namibie, les médaillés d'or des épreuves de cuisine et de service en restauration ont ainsi obtenu des stages de trois mois au sein d'un groupe hôtelier local.
DES SAVOIR-FAIRE QUI SE TRANSMETTENT
L'enjeu, à plus long terme, n'est pas seulement de former une génération d'étudiants, mais de permettre aux établissements africains de former à leur tour les générations suivantes.
En Côte d'Ivoire, sept établissements modernes de formation professionnelle construits par des entreprises chinoises ont ouvert leurs portes en septembre 2025. Répartis sur quelque 83.000 mètres carrés, ils peuvent accueillir environ 5.600 étudiants dans 15 filières, telles que l'usinage, la réparation automobile et la transformation agroalimentaire.
Par ailleurs, 184 enseignants et responsables administratifs ivoiriens ont passé quatre mois en Chine pour apprendre à utiliser et à entretenir les équipements, tandis que 15 responsables d'établissements y ont étudié la gestion scolaire. Deux établissements chinois de formation professionnelle contribuent désormais au fonctionnement de cinq de ces écoles.
Au Kenya, la coopération soutenue par la Chine dans le domaine de la formation professionnelle entre dans une nouvelle phase. Un total de 69 établissements recevront des équipements destinés à 70 ateliers de formation, tandis que 1.190 enseignants et techniciens seront formés dans les deux pays.
"Un enseignant qualifié peut former de nombreuses générations de stagiaires. Un atelier moderne peut contribuer durablement à former des travailleurs qualifiés", souligne Esther Thaara Muoria, secrétaire principale chargée de l'enseignement et de la formation techniques et professionnels au ministère kényan de l'Education.
Selon Wu Jiashun, responsable du centre régional pour l'Afrique centrale de la China First Highway Engineering Co., un jeune formé aujourd'hui pourra travailler pendant 30 ans et, au fil de son parcours, contribuer à former à son tour de nombreux autres jeunes.
"C'est ainsi qu'un pays apprend progressivement à construire lui-même ses propres routes", explique-t-il.
Pour Wilhemina Amadhila et ses coéquipiers, la ville de Shanghai sera bien plus qu'un lieu de compétition : ce sera une salle de classe à l'échelle mondiale, où ils pourront tester leur savoir-faire, échanger avec des concurrents venus du monde entier et ramener chez eux de nouvelles idées.
Derrière ces jeunes Africains, d'autres salles de classe de ce type se multiplient à travers le continent, permettant aux jeunes d'acquérir des compétences pratiques alors que la coopération sino-africaine dans la formation professionnelle ne cesse de se renforcer. Fin
