En France, un film chinois ravive une mémoire oubliée du massacre de Nanjing (REPORTAGE) - Xinhua - french.news.cn

En France, un film chinois ravive une mémoire oubliée du massacre de Nanjing (REPORTAGE)

French.news.cn | 2026-01-22 à 06:59

PARIS, 21 janvier (Xinhua) -- Sorti dans les salles françaises le 7 janvier 2026, "Le Studio photo de Nanjing" ("Dead to Rights" en anglais) marque l'arrivée sur les écrans hexagonaux d'un drame historique chinois de plus de deux heures, réalisé par Shen Ao.

A travers cette œuvre, le film revient sur le massacre de Nanjing, perpétré en 1937 par l'armée japonaise, un traumatisme qui a coûté la vie à environ 300.000 Chinois, mais qui demeure largement absent de la mémoire européenne de la Seconde Guerre mondiale. "En Occident, pourtant, l'épisode est trop méconnu. Ce film impressionnant devrait remédier à cette amnésie", souligne Le Nouvel Obs.

Le point de départ du film est à la fois simple et puissant. Lors de la prise sanglante de Nanjing dans l'est de la Chine par les troupes japonaises, en décembre 1937, un jeune homme échappe à la mort en affirmant pouvoir aider les forces d'occupation à développer les photographies de leurs exactions. Il s'installe dans un studio photo, qui devient un lieu de résistance clandestine, et y risque sa vie pour sauver des familles et conserver les preuves des atrocités commises.

"C'était une catastrophe dont j'avais entendu parler, mais la documenter avec des images aussi poignantes rend ce qui s'est passé encore plus révoltant", confie à Xinhua Charles-Henri, spectateur rencontré à l'issue d'une projection parisienne mardi.

Si les personnages sont fictifs, le dispositif central du film s'appuie sur une réalité historique. Lors d'une avant-première, David Serfass, maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), rappelle que des photographies prises pendant l'occupation de Nanjing avaient été dissimulées par des habitants chinois, puis retrouvées en 1938. Ces clichés "ont ensuite été effectivement utilisés comme éléments de preuve lors des procès d'après-guerre", explique-t-il.

Au-delà de sa forme cinématographique, "Le Studio photo de Nanjing" interroge la manière dont les sociétés se souviennent, ou oublient, la guerre. Le film rappelle que, pour l'Asie, la Seconde Guerre mondiale ne se résume pas aux mêmes repères que pour l'Europe.

"Six semaines de massacres d'une violence inouïe, ponctués de viols de masse de femmes et d'enfants. Pour les Chinois, le crime est emblématique de la barbarie que les Japonais leur ont fait subir", écrit Le Nouvel Obs. Selon le reportage, ce film pourrait être, pour le massacre de Nanjing, ce qu'"Il faut sauver le soldat Ryan" ("Saving Private Ryan" en anglais) a été pour le débarquement de Normandie".

La question de la mémoire reste profondément clivante. M. Serfass a souligné "un contraste très clair entre le repentir sincère et complet de la population allemande et de sa classe politique, et la situation au Japon". Selon lui, "en Allemagne, même avec la montée de l'extrême droite, il est aujourd'hui impossible d'exprimer une nostalgie de la période nazie, notamment en raison des lois mémorielles", ce qui n'est pas le cas "d'une partie de la classe politique japonaise".

Au Japon, observe-t-il, une frange de la classe politique, y compris l'actuelle Première ministre Sanae Takaichi, "sans tomber dans le négationnisme, flirte régulièrement avec des discours révisionnistes" sur l'invasion de la Chine et le massacre de Nanjing. "Chaque excuse officielle est souvent aussitôt contredite par des déclarations politiques provocatrices", ajoute-t-il.

Pour Charles-Henri, cette réflexion dépasse le cadre strictement historique. "L'Allemagne a fait un véritable travail de mémoire, avec des excuses et des mémoriaux", estime-t-il. "Au Japon, cet effort n'a pas été mené de la même manière. Reconnaître publiquement cette histoire reste essentiel pour éviter que cela ne se reproduise." Fin

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